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Nouvelles perspectives psychanalytiques sur l'autisme

Auteur : Marie-Christine Laznik 14/04/2012

Bibliographies Notes

Il existe à l’égard de l’autisme des pensées très différentes dans le champ psychanalytique.

La ligne de fracture semble être non pas telle ou telle école de psychanalyse mais bien plus le type de clinique à laquelle le praticien psychanalyste est confronté.

La grande révolution dans la pensée habituelle qui  - toutes écoles confondues – plaçait l’autisme dans le champ des psychoses infantiles a été la clinique du précoce, voire du précocissime.  Ecouter les parents de tout petits qui démarraient un autisme, recevoir et se coltiner ce type de bébé a été une révélation pour chaque psychanalyste qui en a fait l’expérience.

Cette clinique ne correspondait en rien à ce que nous avions imaginé, rétrospectivement, à partir de la clinique des enfants autistes de plus de deux ans. Pour ceux qui, en plus, ont pu faire l’expérience de visionner et déchiffrer les films familiaux des bébés devenus des autistes avérés la révolution a été totale.  A partir de là, un fossé s’est creusé entre ces psychanalystes et ceux qui n’avaient de contact qu’avec les enfants plus âgés.  Il y a dix ans, ce fossé était déjà patent.

Pour ceux qui s’occupaient des tout petits et leurs familles il devenait évident que nous  avions pris les causes pour les conséquences. Tout comme Kanner  qui, dans son texte princeps, s’interrogeait sur le rôle que l’apparente froideur des parents des enfants qu’il recevait avait pu jouer dans le développement du syndrome que présentait leur enfant.

Travailler avec les bébés qui commencent un autisme est une expérience passionnante à  condition que l’on accepte d’avoir à reconnaitre que ce que nous pensions avant, voire même ce que nous avons pu publier sur le sujet est à revoir de fond en comble.

Ces bébés, dès la maternité, ne sont pas comme les autres et l’œuvre de sape que leur façon de fonctionner va exercer sur leur parents se met très vite en place. Nous ne dirons jamais assez combien il est destructeur pour tout parent de se retrouver confronté à un bébé qui ignore leur existence, qui ne donne aucun signe d’un intérêt pour cet autre qui l’appelle.

Il y a une psychogénèse de l’autisme : elle consiste dans le lent travail de destruction des compétences parentales que cette pathologie produit. Ensuite, bien sûr  il y aura des effets « feed back ». Le « milieu ambiant », comme disent  les milieux scientifiques ne sera plus apte à répondre aux éventuels signes que l’enfant pourra émettre. 

Mais ce que les films familiaux démontrent c’est combien, dans les premiers mois de vie du bébé les parents luttent contre cette situation qu’ils sentent comme anormale. Les parents des bébés qui vont devenir autistes essayent plus que les autres de stimuler leurs bébés. En vain. D’autant qu’il est très difficile d’entrer en synchronie avec un bébé qui ne renvoie pas le message.

C’est une maladie dont les premiers signes sont d’emblée présents – et c’est cela que l’équipe PREAUT a  essayé de démontrer.

Peut-on penser à une participation génétique à cette pathologie ?

Certainement, dans beaucoup de cas même s’il n’est pas encore possible de déterminer à quels ensembles de gènes cela renverrait. La preuve en est donnée par des recherches épidémiologiques sur les fratries de jumeaux. 

Si l’on considère 100 sujets nés d’une naissance gémellaire, nous trouverons 7 frères jumeaux atteints aussi d’autisme, s’il s’agit de faux jumeaux. Néanmoins s’il s’agit de vrais jumeaux, nous retrouverons 85 jumeaux  atteints eux aussi par cette pathologie.  Même les psychanalystes  savent lire une pareille statistique.

Mais ce rôle de la génétique, ne rend que plus passionnante et nécessaire la présence du psychanalyste. Une révolution vient aussi d’avoir lieu – depuis moins de deux ans – dans le monde de la génétique : l’épigénétique.

Mais pour pouvoir être utile en tant qu’analyste dans le cadre de ce nouveau défi du champ de la génétique, il faut préalablement que le psychanalyste ait pu relever le défi de la révolution que l’autisme exige dans  le champ des connaissances psychanalytiques.

Penser l’autisme comme structuralement différent des psychoses infantiles est passionnant pour un psychanalyste surtout s’il peut faire appel aux modèles lacaniens.

Depuis de longues années nous avons publié dans le dictionnaire de psychanalyse de Roland Chemama, à l’entrée « autisme » qu’il s’agissait d’un tableau clinique qui s’opposait aux psychoses car  le ratage du processus de subjectivation  était radicalement différent : dans les psychoses, c’est le processus de séparation qui rate tandis que dans l’autisme c’est le processus d’aliénation lui-même qui rate. C’est grâce à ce que Lacan apporte dans le séminaire XI qu’une telle opposition est possible.

Que signifie rater le processus d’aliénation, comment cela se constate dans la clinique et quelles conséquences en tirer ?

Une des premières conséquences logiques d’une pareille assertion : ce qui rate c’est le processus même d’aliénation, c’est de conclure que les fantasmes parentaux et maternels, qui existent toujours, n’ont pas d’incidence.  On ne peut pas dire que ce qui rate c’est l’aliénation et supposer en même temps le bébé aliéné au fantasme maternel. C’est même son problème de ne pas l’être. C’est cela qui le rend si différent et bizarre. Le psychanalyste peut travailler aussi dans ce contexte : celui où le bébé ne se laisse en rien pénétrer par un quelconque fantasme parental.

Quelle relations entre neurosciencience et psychanalyse ?  Il y a quinze ans, le Dr Melman m’avait demandé de prendre en charge ce qu’il nommait Le livre Blanc de l’autisme. Ce livre devait faire le point des connaissances scientifiques de l’époque sur la question. Je me sentais incapable de désirer le faire. Aller rencontrer les autres champs de connaissance : la génétique, la neuroscience, la neurologie, les sciences cognitives à l’époque me répugnait.  Je ne voulais pas me confronter à des systèmes de pensée aussi divergents. Au bout de six ans, Charles Melman obtint quand même, soutenu par le Dr Sarradet que nous  organisions un colloque de deux jours sur le sujet en invitant les divers champs. Ce fut une révélation : des gens cordiaux, aimant ce qu’ils faisaient  et ne prétendant aucunement avoir réponse à tout, vinrent parler du point de leur recherche. Depuis, j’ai été à d’innombrables colloques scientifiques réunissant des spécialistes en science dure autour de cette question.  J’étais une des rares psychanalystes à aller les écouter.  C’est donc cette demande sur le livre blanc sur l’autisme qui faisait son chemin en moi.

Un chapitre devrait être consacré à certaines de ces recherches actuelles, qui ne peuvent que passionner les psychanalystes  si, au moins ils s’intéressaient à les écouter. Ce sont les recherches concernant les facteurs  d’hypersensibilité  perceptive qui devraient retenir le plus l’intérêt des praticiens que nous sommes : hyperacousie, hyper discrimination des changements chez les êtres humains ainsi que les hypothèses sur les raisons pour lesquelles ces perceptions ne peuvent pas être traitées par le bébé en question.  Il y a des facteurs qu’ils appellent « d’apprentissage » qui peuvent diminuer ces hypersensibilités. Le travail de l’analyste avec le bébé et ses parents peut améliorer, voire infléchir ces tableaux.

Nous sommes aussi attentifs au travail du psychanalyste auprès d’enfants plus âgés et à son inscription dans  un dispositif d’une prise en charge réellement transdisciplinaire.

Les TED (troubles envahissants du développement) dits de très haut niveau  peuvent également enseigner au psychanalyste disposé à les entendre dans leur différence.

Notes
Bibliographie