Les travers du droit maternel
Éditorial du "Bulletin n°2" de l'Association lacanienne internationale
Auteur : Charles Melman 13/07/2007
Vous pouvez croire ou non au Dieu de la Bible, mais vous devez devant l'évidence vous incliner et célébrer selon l'habitude païenne le culte de la mère. C'est bien d'ailleurs cet office qui organise ordinairement les adresses qui lui sont faites et qui, dès lors, rassemble les participants dans la catégorie des enfants, y compris bien sûr le mari. Je dois à la façon de faire de Dolto ce qui fut pour moi une découverte : la puérilité des hommes face à la Déesse-Mère. Puérilité signifie, bien sûr, le renoncement non pas au sexe mais à la possibilité d'être reconnu comme sexué. Ou, tout du moins, de livrer cette possibilité au caprice maternel et on sait d'expérience les ravages que cet arbitraire - car il ne bénéficie pas forcément à l'aîné - peut faire dans la fratrie. Plus particulièrement chez les filles, laissées à l'encan.
Le bref rappel de cette configuration éclaire le terme de matriarcat que les sociologues récusent depuis Bachofen, celui-ci n'ayant pu lui donner qu'une illustration mythique. Seuls peut-être les psychanalystes lacaniens seraient aptes à en proposer la structure : celle de l'appareil propre à assurer la transmission phallique par une opération de donation imaginaire.
Il faut dire que le passage à la structure est le moyen éventuel d'échapper au sentiment d'obscénité que suscite la tentative de dialectiser le signifiant "mère", comme en témoignent les réticences parmi nous à faire ce Bulletin. Est-ce bien d'ailleurs un signifiant si son signifié ne laisse pas de place à l'équivoque et impose une certitude que les stoïciens avaient déjà relevée à propos de la montée de lait, signe sans discussion de la maternité ?
"Mère" dans ce cas serait à prendre comme un signe, celui de l'instance gardienne de la reproduction et dont la positivité serait réfractaire à la mise en suspension du sens qu'opère la dialectique. Comme si celle-ci ne pouvait s'exercer qu'au risque de la détruire, tout en la polluant d'une signification sexuelle.
Si la mère est ainsi fondamentalement vierge c'est qu'elle s'extrait, du fait que son nom est un signe, de l'équivoque du sens.
Voilà donc dans l'Autre la désignation de l'instance Une liée à la transformation de l'au-moins-Un en l'Une-pour-tous dès lors qu'elle ne symbolise pas un manque mais la capacité d'une distribution généralisée. Cette Une dans un Autre non barré est la promesse que son amour sera pour tous à la condition d'un renoncement au sexe. Ce qui n'exclut pas, comme on l'a vu, l'exception, soit l'élection d'un fils chargé du symbole phallique, mais par une opération de donation et qui, par réciprocité, attend de lui un exercice sans limite, la production d'un superman, représentation virile déléguée dans le monde de ce qu'elle est elle-même dans l'Autre.
Bref, il s'agit de guérir le sexe de l'amputation que lui fait subir le droit paternel.
Ces quelques remarques se veulent introductives d'un débat sur la modernité du matriarcat.
