Les limites du 4ème pouvoir
Auteur : Charles Melman 23/02/2006
Un symptôme, peut-être le plus intéressant, n'a pas été relevé à l'occasion de l'affaire d'Outreau.
Il y a dans les démocraties une vieille tradition de la presse : des chroniqueurs judiciaires, formés en Droit et souvent talentueux, rendent compte à l'opinion publique des grands procès en veillant à leur bon déroulement.
Dans l'affaire concernée, le lecteur incrédule n'aura trouvé que les détails obscènes invraisemblables qui accablent une population locale dès lors désarmée, sans que, semble-t-il, le doute - celui dont l'absence est reprochée au juge Burgaud - ne vienne au journaliste.
Or il est un fait d'évidence et qu'ils connaissent bien : la pédophilie est toujours une perversion qui concerne un individu, pris dans sa singularité et non pas dans son appartenance à un groupe.
Lorsque celui-ci existe, il s'est constitué secondairement par communauté de goûts, jamais géographique. La pédophilie ne s'organise pas par foyer épidémique, comme la grippe aviaire, ne se propage pas par contamination locale.
J'ai l'honneur d'avoir été l'un des seuls, dans Passages, avec la revue Tel Quel, à publier au début du procès un éditorial où je dénonçais la chasse aux sorcières. Il n'eut d'autre écho que le courrier de malheureux que je reçus.
Je connais aujourd'hui un homme emprisonné pour 3 ans parce que, à l'occasion d'un viol d'enfant dans le voisinage, la police avait pénétré son ordinateur parmi d'autres et découvert des images interdites. Cet ingénieur, marié et père de deux enfants, est alors condamné pour ses fantasmes. S'il fallait condamner de même tous ceux dont les manifestations sur leur site témoignent de fantasmes de meurtre, qui resterait-il pour les juger ?
Que la loi puisse punir le fantasme est un scandale, qui mériterait d'intéresser le 4ème pouvoir, puisque à l'occasion d'Outreau c'est le nôtre qui a expédié de braves gens en prison.
