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La politique du psychanalyste

Auteur : Charles Melman 15/11/2006

Bibliographies Notes

La position politique du psychanalyste n'intéresse que lui ; les autres sont autorisés à s'en foutre. En revanche, son savoir sur les mécanismes du pouvoir (et il les expérimente dans sa propre institution) intéresse tout le monde. Et Freud (qui les a subis à Vienne comme dans son groupe) n'a pas manqué de communiquer ce savoir, dénonçant dès 1925 l'échec prévisible du bolchevisme, le jeu avec la psychologie des masses, le rôle de la religion etc.

Le séminaire de Lacan D'un Autre à l'autre, post-soixante-huitard, est intégralement politique.

En 2002, dans L'homme sans gravité, j'annonçai le retour prévisible du bâton. Les élections de 2007 se jouent sur la question de savoir quel candidat a le meilleur. Car il y a bâton et bâton.

L'un organise le monde des représentations (VorstellungsRepräsentanz) c'est-à-dire celui de la discursivité et donc de la pensée, celle du désir entre autres et de ses déceptions.

L'autre, non plus symbolique mais réel (il n'est plus support de croyance mais de certitude) affirme la prévalence des besoins du corps et leur satisfaction assurée par les objets naturels ou artificiels prévus à cet effet. Il ouvre le champ non plus de leur représentation mais de leur présentation, non plus du discours mais de l'appel, non plus de l'attente et de l'espoir mais de l'immédiateté.

S'adresser au "peuple" comme à un corps disloqué mais que rassemble l'urgence de ses besoins fussent-ils diversifiés selon les catégories sociales, ses appétits devenant l'impératif politique qu'il appartient au leader de faire aboutir, s'est déjà vu dans l'histoire. Il se trouve que Benito, Adolf, Joseph, Mao s'y sont exercés. Dans un contexte historique qui était régulièrement celui d'un discrédit de la figure et de l'autorité paternelles.

Certes Ségolène n'est pas allée chercher son inspiration chez eux, pas plus que dans le programme du P.S. d'ailleurs (a-t-elle une proposition marquante qui en relève ?)

Mais il se trouve que l'idéologie dominante dans le champ de la psychologie et du comportement - le cognitivisme - supporte parfaitement sa démarche. La thèse selon laquelle l'organisme est dans une relation simple et immédiate avec son environnement, les défauts qui sont observables relevant d'une faute de conduite dont la correction relève du thérapeute est le modèle d'un programme qui est cette fois collectif et politique.

J'ai pensé il y a longtemps que cet effet se produirait. Le biologisme a toujours eu des retombées politiques et, comme on sait à propos des yaourts ou de l'énergie, le bio aujourd'hui a la faveur du public.

Notes
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