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La parité parasite

Auteur : Dominique Désveaux 26/10/2010

Bibliographies Notes

 

Laisser descendre dans la rue des adolescents pour participer au mouvement de défense des acquis sociaux en matière de retraite pose question par rapport à ce que nous entendons par éducation.

L'éducation implique traditionnellement le découpage du temps en fonction de la maturation de l'enfant, découpage que scandaient les rites de passage, inscrits aujourd'hui au bureau des objets perdus...

Comment ces adolescents, qui sont supposés construire leur pensée et l'enrichir de connaissances, peuvent-ils venir supporter les questions de leurs aînés ?

Il y a là quelque chose de mortifère à l'œuvre de la part des adultes, en tout cas peu propice au respect chez leurs enfants de la place qu'ils ont à élaborer dans la société.

Ce « passage à l'acte » des aînés par rapport aux plus jeunes porte atteinte à la nécessaire barrière générationnelle, et fait courir un risque de dépression non négligeable chez ces adolescents, quelqu'en soit la forme; c'est à dire, un « je ne joue plus le jeu, cette société n'en vaut pas la peine ». Et ce, à l'âge où la structuration de leur pensée devrait leur permettre de progressivement réfléchir à la société dans laquelle ils vivent,  pour pouvoir, à leur tour, la transformer. C'est la petite piste de non-temps, dit Hannah Arendt, qui permet à l'âme de penser.

C'est le défi de chaque génération.

La scène généalogique permet la construction du sexe et du corps dans un travail de représentation, et œuvre à la structuration du temps.

Dans ce symptôme, on repère une fois de plus la tentation de mettre l'adolescent à parité avec l'adulte.

C'est au prix du sacrifice de leur acquisition dialectique du langage.

Nous assistons ainsi à une marchandisation de la jeune génération, par des supposés responsables qui gèrent les conflits au coup par coup.

Ce manque de recul est symptomatique d'une récusation de ce qui est  encore la trame de notre culture, appui indispensable pour produire autre chose que la fanatisation d'un discours appauvri, générateur de la violence que l'on sait.

Les proviseurs de lycée qui ont le courage de protéger le fonctionnement de leur établissement sont remarquables, car ils sont dans une perspective d'éducation rigoureuse qui consiste à dire : « formez-vous d'abord, et nourrissez votre intelligence ».

Des précédents de ce type de dérapage ont malheureusement défrayé la chronique ces dernières années, au sein même de l'école, et nous induisent à la vigilance quant à l'hypothèque du devenir même de nos enfants.

Comment, dans ce contexte, donner à cette génération les outils de lecture dont elle a besoin pour qu'elle puisse décrypter ensuite les processus à l'œuvre dans notre société ?

Dans ce que l'on pourrait appeler la « prise en otage » de l'enfance et de l'adolescence, l'implicite de cette attitude produit une fois de plus du sujet autoréférentiel, avec son corollaire de toute-puissance.

Malgré les graves problèmes qui plombent la réalité du monde du travail, les risques que fait encourir la mondialisation, la perception diffuse que le gouvernement est devenu la marionnette de l'économie de marché, sommes-nous en droit de ne pas les laisser espérer construire autre chose, en toute connaissance de cause, et sans embrigadement hâtif ?

Laisserons-nous dire à nos enfants, comme René Char dans les Feuillets d'Hypnos, « notre héritage n'est précédé d'aucun testament » ?

Notes
Bibliographie