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L'enjeu symbolique du don

Note de lecture concernant le N° 11 de "La Célibataire" sur "Le don" (journées ALI, Paris, janvier 2005)

Auteur : Pierre-Christophe Cathelineau 14/01/2006

Il semble que la problématique du don soit ordinairement marquée par une certaine insistance sur ses aspects imaginaires ou réels, qui en subordonne la portée symbolique.

Il s'agit en effet depuis L'essai sur le don de montrer que le don est propice à conférer la puissance et d'isoler ainsi un imaginaire de pur prestige où se lisent en clair les attributs de l'assomption phallique... sur son versant imaginaire. Le réel de ce qui est donné et consumé à profusion y joue un rôle éminent et la position symbolique qui s'en dégage, à savoir la détention d'un certain pouvoir, en est le résultat.

Il existe cependant des modalités différentes où l'enjeu symbolique du don s'inscrit en amont de la donation. À ce titre la Grâce dans la théologie chrétienne et juive est emblématique de cette première inscription symbolique.

Que dit en substance Saint-Thomas d'Aquin dans La Somme Théologique ? Sans la grâce, l'homme ne peut connaître quelque chose de vrai, ni vouloir et faire quelque chose de bien, ni observer les prescriptions de la loi, ni mériter la vie éternelle, ni surtout se relever du péché. Nonobstant le moralisme religieux de ces affirmations, elle apparaît comme "le don gratuit" qui vient secourir l'homme : "L'homme reçoit la lumière de la grâce, quand par son libre-arbitre mû par Dieu, il fait l'effort nécessaire pour sortir du péché." Elle est ce dont dispose le libre-arbitre.

Il faudrait faire abstraction du mythe -sadique- du péché originaire pour ne retenir de cette approche que le don gratuit de l'Esprit. Il est cette ouverture symbolique que le désir appelle dans son inachèvement, comme à son avènement le sujet au seuil d'une perte essentielle se soutient, s'il le peut, de la grâce de celle qui l'a mis au monde et consent à l'abandonner aux lois de la parole en dépit du langage, à moins qu'il ne s'agisse de la grâce de celui qui transmet à l'enfant l'empreinte d'un legs symbolique -père ou grand-père. Le don de la grâce est une invitation au désir. S'il est détaché du mythe du péché originel, le don de la grâce a ceci d'intéressant qu'à l'entrée chaotique dans les signifiants de l'Autre, il substitue le viatique d'un secours symbolique qui peut accompagner le sujet sa vie durant.

De même, présent parmi les dix sefirot de la kabbale, le Hessed (la grâce) se donne à celui qui poursuit sa quête de l'Autre, sans que cette fois soit jamais invoqué le péché qui la rendrait nécessaire.

Ainsi le don est-il premièrement symbolique.