Je suis le père de Fabrice
Auteur : Charles Melman 22/02/2006
J'espère que cette révélation faite en public ne le chagrine pas trop : je suis son père.
C'est à moi en effet, l'éducateur moderne, qu'il doit d'être l'homme accompli d'aujourd'hui.
D'abord je lui ai enseigné à laisser tomber ces vieilles références religieuses, politiques ou morales qui vous inhibent et empêchent de réussir.
Je lui ai évité de se perdre inutilement dans les mots, les phrases compliquées, la littérature ; savoir cocher les QCM suffit largement.
La réussite de la tâche confiée est l'essentiel, lui ai-je appris : l'équipage n'a qu'à suivre et l'évaluation, telle que le comportementalisme en dresse l'échelle, en jugera.
Enfin il a su m'écouter et profiter de sa chance. Ce n'est pas tous les jours qu'un jeune juge a l'opportunité d'instruire une affaire aussi porteuse : on ne la lâche pas. D'ailleurs le Procureur de Paris l'a tout de suite distingué et promu pour ça.
On l'a bien vu devant la Commission parlementaire : Fabrice a scrupuleusement suivi les textes et n'a rien à se reprocher. Il est probablement inscrit à l'École de la Cause. S'il s'est excusé c'est devant "les amnistiés de la Cour d'Assises", mais sûrement pas devant des innocents qu'il aurait envoyés en tôle et qui l'ont bien cherché puisqu'ils ont avoué.
Les parlementaires ont évoqué on ne sait quoi qui lui aurait manqué : le bon sens, l'humanité, l'amour du prochain, etc.
Attention les députés ! un juge ne brigue pas un mandat électoral, il applique des lois. Et la pathologie des sentiments n'a rien à voir dans leur exécution.
Ils ont osé voir en lui un gamin, sans même reconnaître l'adulte qu'ils ont formé.
Fabrice, remets-toi, je suis là et je ne demanderai aucun privilège quand moi aussi, et à cause de ce que j'ai fait de toi, tu me jugeras.
P.S. En dehors des heures de bureau, lis L'homme sans gravité. Si c'est compliqué, je t'expliquerai pendant que je suis encore en liberté.
