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Il y en aura pour tout le monde

Auteur : Charles Melman 13/11/2006

Bibliographies Notes

Le peuple réputé le plus intelligent de la terre serait saisi par un frémissement de bonheur devant le renouveau de l'approche politique réalisé par Ségolène. Le qualificatif de démocratie "participative" serait le plus juste pour la définir. Celle-ci suppose que "le peuple" serait dépositaire du vrai savoir, contre les docteurs, et que la surveillance des mandants chargés de le faire aboutir pour le bien-être de tous serait le mode radical d'une subversion du corps représentatif par le participatif.

Ainsi en va-t-il par exemple pour l'entrée de la Turquie en Europe pour laquelle Ségolène n'a pas à se prononcer mais seulement à exécuter le voeu populaire une fois exprimé par référendum (comme si d'ailleurs on n'en savait pas d'avance le résultat).

Ce déplacement du lieu du savoir est familier aux lecteurs de l'Évangile et des épîtres de St.-Paul. Mais si celui-ci n'est pas infondé dans un registre organisé d'abord par la relation spontanée intuitive du fidèle avec son dieu, la projection dans le champ politique, organisée par un tout autre référent (un César par exemple) se fonde d'un savoir intuitif semblable alors que son inexistence est cependant avouée.

Nous avancerons même que le champ politique est l'espace où est attendue - du moins en démocratie - une réparation de la relation définitivement inaccomplie - sauf cas d'intégrisme - avec Dieu.

De sorte que s'il y a un savoir politique populaire spontané, on peut dire qu'il réclame une communion assez parfaite entre le leader et son peuple pour que leurs voeux se conjoignent et leurs voix se confondent.

On sait que ce type de fantasme s'est déjà réalisé dans l'histoire et s'appelle : fascisme.

Bien sûr Ségolène n'a rien d'une facho et l'inspiration évangélique de ses conseillers n'est pas évidente. En revanche elle se fonde sur les sondages, identiques à ceux des producteurs de la télé et dont la dernière expression est sans doute l'émission de Nagui "Il y en aura pour tout le monde". Titre bien choisi puisque "le concept" (il paraît qu'on dit comme ça) ne consiste plus à faire monter le public sur la scène (téléréalité, Star Ac', etc.) mais à installer directement la scène dans les gradins du public.

Cette mutation du spectateur en acteur est exactement au principe du projet Ségolène. Nous verrons dans un billet suivant la deuxième source, beaucoup plus inattendue de son inspiration.

Notes
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