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Henri Meschonnic

Auteurs : Cyril Veken, Pierre-Christophe Cathelineau 11/04/2009

Bibliographies Notes

Après la disparition de Claude Dorgeuille, c'est la perte d'un ami très proche, d'un frère, que nous déplorons aujourd'hui avec la mort d'Henri Meschonnic.

Cet homme au talent exceptionnel, poète, critique, essayiste, traducteur, nous a fait à plusieurs reprises l'amitié de participer à nos travaux, nous apportant la pertinence et l'impertinence d'une pensée vive et toujours en éveil.

"Henri, tu es ici chez toi" lui avait dit Charles Melman en l'accueillant dans nos locaux, ce qui, bien au delà de la formule de bienvenue, marquait la profonde sympathie entre l'enseignement de Lacan et l'oeuvre de Meschonnic. En effet, par d'autres voies que celles de Lacan, Meschonnic abordait l'immensité du champ du langage dans une optique qui faisait voler en éclats les compartimentages académiques et déroutait souvent ses collègues universitaires. En dépit de la multiplicité de ses travaux, ce n'était pas un homme "à plusieurs casquettes", mais un inlassable amoureux de cette vérité à laquelle seule l'analyse approfondie du langage donne accès. Son immense érudition, la variété des langues dont il avait une maîtrise étonnante ont toujours été au service d'un projet toujours le même, quelle qu'en soit l'occasion : accéder, par ce qu'il appelait "théorie du langage", à la vérité du "sujet du poème" ce sujet qui en fin de compte n'est guère différent du sujet en tant qu'effet du langage.

C'est ainsi qu'il aura marqué de son empreinte l'histoire des traductions de la Bible par des textes d'une saisissante beauté, qui constituent des oeuvres littéraires à part entière. De même que Dante fondait la langue italienne en écrivant la Comedia, Meschonnic donne avec cette traduction un véritable manifeste de cette théorie du langage dont il ne cessait de dénoncer l'absence dans ce qui se présente comme pensée, et qui, rejetant le signe, porte toute son attention au signifiant. En inventant le moyen de rendre le rythme de la cantillation du texte hébreu, il a permis de faire entendre en français des accents et des métaphores que toutes les autres traductions avaient ignorés : des effaçantes, disait-il.

Ce faisant, il a démontré que la Bible est un poème qui récuse la partition obsolète prose/poésie et la recherche systématique du signifié et du sens. L'attention portée au signifiant fait ainsi du rythme intrinsèque au texte à traduire l'exigence essentielle du métier de traducteur. Quelle leçon pour qui veut traduire Lacan !

Pour certains d'entre nous, outre la perte d'un esprit exceptionnel, c'est l'ami rare et précieux que nous pleurons aujourd'hui.

Nous n'oublierons pas son rire et son humour généreux, son écoute attentive qui donnait à son interlocuteur l'impression de dire des choses passionnantes, sa disponibilité et sa merveilleuse capacité d'invention.

Et nous pensons tout particulièrement à Régine, sa femme, sa compagne de tous les instants, son irremplaçable collaboratrice. Nous lui adressons toute notre sympathie.

Notes
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