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Évolution des moeurs et démocratie

Auteur : Charles Melman 04/10/2006

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L'évolution des moeurs (1) qui est en cours modifie essentiellement notre rapport à l'autorité et aux savoirs.

L'autorité, qu'elle soit politique ou religieuse, a toujours fondé son exigence de stabilité sur la fixité du savoir de référence, son caractère dogmatique. Au contraire, le progrès Des savoirs passe par leur mise en doute systématique, opérée par un sujet qui devient le seul point fixe de cette révision permanente - avec Dieu selon Descartes.

D'un point de vue historique, on peut penser que c'est le conflit entre autorité politique et autorité ecclésiale qui a ouvert en Europe l'interstice où s'est glissée cette révision des savoirs qui a permis le développement de la science contemporaine.

En tout cas, le changement de validation de la vérité, qui passe d'un énoncé assertif à une énonciation dubitative émise par un sujet dont l'existence en devient le garant, est sans doute en jeu dans le principe et l'exercice de la démocratie.

Celle-ci ainsi ne répond pas à une aspiration naturelle mais accidentelle.

Cette introduction ne vaut que pour illustrer la mutation culturelle qui nous emporte et change nos rapports à l'autorité et aux savoirs, avec mise en question la conséquence qui en est peut-être prévisible pour la démocratie.

La chute du mur de Berlin (9. XI. 89) et avec lui de la dernière idéologie de transformation sociale a favorisé notre attente de voir un gouvernement faire preuve de pragmatisme plutôt que de respect pour les idéaux.

Par ailleurs, les restrictions et les contraintes inhérentes à la religion se voient battues en brèche par les encouragements à la consommation et à ses développements sans barrière. À moins que n'apparaissent des Églises nouvelles qui substituent au traditionnel "Dieu est amour" un "Dieu est toute satisfaction".

Dans le champ scientifique, le progrès technologique rend sans cesse obsolète ce qui hier passait pour un progrès majeur. Mais surtout, en biologie, la maîtrise des fonctions de la reproduction nous affranchit du culte rendu au "Père".

Demain nous serons capables de créer de nouveaux types "humains".

Dans ce tourbillon disparaissent la règle, le nomos, et avec lui la figure de l'autorité qui en était garante.

C'est l'objet de la satisfaction qui maintenant occupe le trône, mais pour recommander le dépassement de toute norme.

Le pouvoir de cet objet se révèle assez absolu pour réfuter à l'échelle collective le doute qu'un sujet pourrait émettre sur sa validité - une avancée technologique ne se discute pas ou pas longtemps.

Pourtant, s'il est vrai que c'est le doute systématique des savoirs et des jouissances promises qui favorise la genèse d'un sujet responsable, et entre autres de sa vie en société, quel est l'avenir prévisible de la démocratie ?

Notes

(1) Résumé d'une conférence faite à l'Université Américaine de Paris le 29 septembre 2006, à l'invitation du Prof. Anne-Marie Picard.

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