Au hasard du jeu...
Auteur : Jean-Louis Chassaing 11/01/2009
Freud très tôt a donné sans en avoir l'air son avis sur les "nouvelles cliniques" d'aujourd'hui. Dans la lettre à Fliess du 11 janvier 1897, que nous avions mentionnée avec Patrick Petit (1) il dit explicitement ceci, il parle alors d'un de ses patients, dipsomane : "Cet homme, pervers jusqu'à l'époque de sa maladie, était par conséquent resté jusqu'à ce moment bien portant. Sa dipsomanie s'était produite par renforcement (ou plutôt par substitution) d'une pulsion venue remplacer la pulsion sexuelle associée (le même phénomène avait probablement lieu pour la vieille F... pour la passion du jeu)". Je ne commenterai pas ici ; pour moi tout y est, ou presque, ce qui laisse, en fonction de notre clinique et des travaux de Lacan, à déchiffrer ces conduites qui ne sont pas symptômes au sens strict du terme.
Je discutais avec Alain Harly l'an dernier, et le remerciais de l'ouvrage qu'il avait coordonné, publié aux éditions de l'École psychanalytique du Centre-Ouest, école de l'Association lacanienne internationale : Comme par hasard (2006). Cet ouvrage, que l'on peut trouver à l'ALI, concentre les textes d'un colloque qu'il avait organisé en novembre 2002 à Poitiers, "Hasard et causalité psychique". De manière amusante un autre colloque de l'ALI avait lieu à Clermont-Ferrand, sans contacts préalables avec celui de Poitiers, et il concernait les rapports de Lacan avec sa lecture de Blaise Pascal, colloque publié en 2006 également (La Célibataire, Revue lacanienne de Paris, N° 13). L'enjeu pascalien du "pari" faisait suite si l'on peut dire à la fréquentation, très transitoire, des libertins par Pascal, et à cette demande du chevalier de Méré au génie des mathématiques de bien vouloir régler cette difficulté de la répartition des gains à l'arrêt d'une partie de jeux. D'où la fameuse règle des partis, qui inaugura bien des conséquences scientifiques.
Ces ouvrages publiés par notre association, c'est pourquoi j'en parlais à Harly, m'aidaient à appuyer mes interventions chez les personnes qui s'occupent des joueurs, notamment à l'hôpital Marmottan et dans le service universitaire du CHU de Nantes, seul service habilité officiellement et assurant une formation en ce domaine (Professeur Venisse). Indépendamment des relations anciennes, mon intervention dans ces formations vient d'une autre publication, autre colloque "Jeu, dette et répétition - Les rapports de la cure psychanalytique avec le jeu" (Paris 2005, colloque début 2003).
Si je me permets de rappeler ces publications c'est pour au moins deux raisons.
La première est cette étrange coïncidence du moment, où trois colloques se sont succédés sur un thème qui est celui du hasard, et donc des jeux de hasard. Thème qui, on peut le lire, s'est appuyé non pas sur une psychopathologie, sur la psychologie explicative caricaturale du joueur, mais sur une logique de l'inconscient !
Ensuite la question du jeu est à l'honneur si l'on peut dire, elle prend une place importante dans nos sociétés, et nous sommes amenés parfois à recevoir des joueurs. Ce qui n'est pas une mince affaire ! Une officialité de cette question a d'ailleurs été ainsi mise en place, suite à un groupe de travail de consensus concernant, comme c'est la règle depuis des années, la détermination des règles de prise en charge des joueurs. Ce groupe de travail avait lieu il me semble à l'INSERM. Marc Valleur, directeur de Marmottan, me faisait part du fait qu'il avait défendu notre publication ALI, laquelle était la seule en français, avec ses quelques 3 ou 4 articles de lui, "face" à la vague quantitative de publications nord-américaines, pour la plupart biologisantes et comportementales ou "socialonormatives" ...
Il me semblait intéressant de mentionner ce fait : de Freud à aujourd'hui, publications et interventions, la psychanalyse déchiffre la clinique ! A bon entendeur...
Notes :
(1) In Écrits psychanalytiques classiques sur les toxicomanies, Le Discours psychanalytique, Éditions de l'Association freudienne ; 1998.
