Au cas par cas (3/3)
Présentation du troisième cas
Auteur : Département de travail social 24/10/2009
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Il est extrait - ainsi que les deux précédents - d'un mémoire soutenu en juin 2008, auprès du jury du diplôme d'Etat d'éducateur spécialisé par Caroline F. rencontrée à cette occasion. Elle nous a donné son accord.
III Sofiane
...des Ateliers d'écriture
Sofiane était le plus jeune, il avait tout juste 10 ans. Il désertait l'école depuis quelques années. Il me racontera d'ailleurs que l'école ne l'a jamais vraiment intéressé, il s'y ennuyait et cela depuis la maternelle.
"Á la maison, mes parents ils s'en foutaient si j'allais ou pas à l'école. Je faisais ce que je voulais". (Extrait de mon cahier de bord de mon stage à responsabilité.)
Á travers son discours je pouvais clairement constater que Sofiane n'avait eu que très peu d'interdit qui, comme nous le dit Françoise Dolto, sont structurants et même sécurisants pour chaque enfant.
Après des débuts difficiles, une certaine confiance s'est installée entre nous deux. J'ai pu le remarquer par son comportement en cours. Les premiers jours il gardait pendant toute la séance sa casquette sur la tête, son blouson sur le dos et son portable sur la table, prêt à être "dégainé". Sans doute il se sécurisait, comme un enfant, avec ces objets qui lui appartenaient. Il a fallu quelques semaines pour que la casquette vole sur une table, le blouson sur une chaise et le portable dans sa poche. Je savais dès lors qu'il se sentait à l'aise en acceptant de se défaire de son armure, il n'était plus prêt à fuir, la confiance était présente entre nous.
Le matin, il n'arrivait plus en retard, il connaissait son programme de sa journée (ce qui n'était pas le cas au début, il venait selon son envie), et il attendait la pause pour sortir discuter avec les autres.
Les premiers temps, il ne restait jamais en place, il se levait pour n'importe quelles raisons, il me donnait l'impression d'un enfant sauvage. Lorsque nous travaillions sur des exercices, sa réussite à les résoudre le rendait très heureux et surtout très fier de lui. Je n'attendais pas le moment où l'ennui commençait à l'envahir, je préférais arrêter le cours sur une réussite, et donc du plaisir.
Malheureusement neuf mois de stage ne m'ont pas suffi pour continuer ce travail, il aurait été intéressant de le réaliser sur du long terme. Mais ce que j'ai pu constater c'est que cet enfant s'ouvrait au monde scolaire, il ne s'ennuyait pratiquement plus et surtout prenait du plaisir face à sa réussite.
Caroline F.
Notre travail de lecture
Les quelques lignes proposées à notre réflexion concernant Sofiane et les apprentissages méritent un certain nombre de questions.
Comment est perçue par Sofiane et ses parents la culture d'adoption, celle du pays qui les reçoit ?
On sait que l'école reste encore une des chevilles ouvrières de notre culture et un des principes déterminants qui commande l'appartenance à notre culture. De même où en sont les parents de Sofiane dans leur filiation à leur pays d'origine ?
Ce sont ces deux fondements qui sont les socles de l'identification de Sofiane, qui seraient à interroger pour comprendre son errance qui date déjà de l'école maternelle.
Charles Melman lors de l'ouverture des journées sur les banlieues définit ainsi cette identification : "comment pour chacun d'entre nous se pose la question de notre accession au statut d'homme, au statut de femme et cela, comme nous le savons d'une manière qui n'est pas détachée de l'appartenance à un ensemble, à une collectivité".
A propos de cette appartenance à une collectivité, Omar Guerrero dans son exposé lors de ces mêmes journées faisait remarquer que l'École est un des représentants de ce père symbolique qu'est devenu "l'État français, mais il y en a d'autres. C'est de lui, de ce père que ces jeunes Français exigent l'enseigne, l'inscription qui trancherait enfin, pour leur dire de quel bord ils sont, c'est à lui qu'ils s'adressent."
Est-ce que la fonction d'éducateur peut remplir ce rôle de représentant de l'État français et participer ainsi à cette inscription ?
Pour Sofiane, faute d'un sentiment d'appartenance, ce sont quelques objets, casquette, blouson, portable, qui peuvent faire office d'insignes pour ce garçon.
Cette éducatrice a bien compris que ces insignes qui lui servaient d'armure étaient un empêchement à entrer dans l'ordre des apprentissages.
Comment comprendre le souci de cette éducatrice que Sofiane ne s'ennuie pas et que les exercices proposés s'arrêtent sur une réussite et donc sur du plaisir ?
On peut imaginer que le désir de cette éducatrice était de permettre à Sofiane de se reconnaître dans un trait positif.
Reste le souci de permettre aussi à Sofiane que le trait négatif, celui du non, du ça ne va pas, de l'échec, n'invalide pas à chaque fois le trait positif.
Pour cela peut-être "les quelques mois de stage n'ont pas suffi" ainsi que le remarque justement cette éducatrice.
N'empêche que l'on a bien entendu à travers les trois cas présentés par elle que ce qui avait prévalu était son implication à elle. Implication qui peut donner à la prise en charge la valeur d'une "rencontre".
Qu'est-ce à dire ?
Par exemple, ouvrir à l'adolescent la possibilité d'une accroche dans la parole et ainsi qu'il retrouve l'expérience d'une relance, relance de son désir, pour éventuellement accepter de remettre en jeu cette relance du désir dans d'autres rencontres.
Cette question de la rencontre est un point central dans le travail de l'éducateur et qui participe pour chacun des protagonistes à ce sentiment d'appartenance.
Nous vous invitons à nous adresser vos remarques à : jbonneau@freud-lacan.com
Bibliographie :
Ch. Melman : La fonction paternelle, in Bulletin de l'Association freudienne internationale, n°69, Paris, 1996
Ch. Melman : Comment un enfant des banlieues devient un homme, une femme, un citoyen ; Ouverture des journées d'études des 22 et 23 septembre 2007
Omar Guerrero : Banlieues, des intégrations promises ?
