Lettres vives
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Responsables : Marie Jejcic, Marc Nacht
L'acte poétique et le nouage borroméen
"Le propre de la poésie quand elle rate, c'est d'être un pur noeud d'un mot à un autre" nous dit Lacan ; quand elle rate, c'est-à-dire quand elle accomplit sa finalité de faire entendre le ratage de la chose, son impossible saisie mais comme un bienfait, car cette mise en évidence - comme pour le mot d'esprit - à chaque fois devrait nous alléger et nous procurer satisfaction.
Il ne s'agit pas du tout donc que le poème soit "clair" ou "transparent", au contraire le poème se doit de maintenir la question ouverte, de soutenir la complexité et le paradoxe, soit de faire fructifier le capital inépuisable de la langue.
Un poème, pour être fini, se doit d'être bien "détaché" de son auteur, bien "découpé" (découpe non pas linéaire mais en torsion moebienne ?) c'est-à-dire bien "noué", laissant au lecteur le plaisir d'un sillage ouvert et vacillant.
En ce sens, la production d'un noeud borroméen serait la marque du terme et du franchissement : on pourrait enfin passer à autre chose. Et on pense à ces petites formules concises et conclusives qui viennent "tomber" dans le cours de l'analyse, ponctuant un terme et un commencement.
Chaque fois que nous résistons à la division, que nous tournons en rond en proie à un sens débridé, la structure réclame - tel un mot de passe - un nouage borroméen : acte poétique, interprétation autre, nouvelle formulation qui, grâce à ce qui excède le sens, nous dégage de celui-ci.
La satisfaction que le poème devrait donner serait celui certes de la traversée de l'épaisseur de la langue, de ses strates sonores et rythmiques, celui aussi du plaisir de retrouvailles avec quelque chose que l'on savait sans le savoir, mais aussi bonheur de la surprise dans le surgissement de sens inattendus. Sinon, on tombe, soit dans la "belle poésie" esthétisante, figée dans la contemplation de son image, parfaitement ennuyeuse, soit dans le slogan publicitaire.
Josée Lapeyrère
