La Quinze chevaux
Auteur : Josée Lapeyrère 07/01/2008
Elle disparaît. Cela finit par ce "trait noir" qui ouvrait son premier recueil. À la lire, à suivre la courbe de ses mots détressés, qui douterait qu'elle n'est encore en toutes lettres.
M.N.
cela commence avec le trait noir
noir de corbeau bleu de saumon
puis noir noir de fumée
là tout
en haut du chemin debout
sur l'herbe verte suivie
par des canards bleu rouge
la femme en robe noire
regarde ouvrant les blés montant
vers elle la voiture qui
brille
détachant sa figure les mots
qui tournent pour la
faire exister
le trait noir où
s'écrase une image noirs
morceaux de couleur quelques
lettres respirent
encore puis
se défont la phrase
est détressée
rien nulle chose
encore là vient la femme
en noir qui se détourne
monte vers la maison suivie
d'une troupe de geais et
de poules faisanes
déchirés les mots vont
pour la retenir pour qu'elle
ne cesse de regarder ce
qui lui arrive la voiture
qui la tient contre l'herbe
verte et qui la trace
mais elle ne veut plus
savoir son corps bleui
par l'air disparaît entre
les haies
Premières pages de La Quinze chevaux, Flammarion, Poésie, Paris, 1987.
