Au déclin des lumières
Auteur : Céline Zins 10/10/2007
Céline Zins est poète et traductrice (de l'anglais et de l'espagnol). Elle a, entre autres, traduit la majeure partie de l'oeuvre de Carlos Fuentes et elle est l'auteur d'une version théâtrale poétique de La vie est un songe de Calderón de la Barca montée par la Comédie Française. Elle a reçu le Grand Prix Halpérine Kaminski de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son oeuvre de traductrice, et elle est Chevalier des Arts et des Lettres.
Comme poète, elle a publié Par l'alphabet du noir (Christian Bourgois), Adamah (Gallimard), L'arbre et la glycine (Gallimard) et dans de nombreuses revues.
Les poèmes que l'on va lire sont inédits. Ils interpellent le langage "au déclin des lumières".
Le siècle des horreurs a gardé sa face de lumière
Avec lui s'en est allée l'aiguille
pointée vers le grand nord
la flèche des étoiles
La parole a perdu son axe vertébral
Les chevaux de hasard font office d'attelage
et les clinquants éclairages font croire
au règne du jour
alors qu'ils ne sont que leurres
dans la nuit
Neige et brume enveloppent le matin d'un silence que ne parviennent pas à
étouffer les rumeurs de désastre
Tandis que l'oeil contemple la percée du jour à l'orient,
l'Occident semble honorer son nom et consentir à son couchant
Au déclin des Lumières, l'ombre avance, l'obsur n'est plus le coeur caché
de l'intime, il n'est plus l'éclat de l'onyx, il s'arroge la place du jour,
déboute la nuit de son savoir, inverse les signes de pensée
Janus guerrier, il détruit la parole pour imposer ses discours
Ses deux faces en répons interdisent l'accès au visage
L'aube se lève sur les débris d'histoire
débris de vie
débris de mots
fragments d'un puzzle démembré
Miroir aux craquelures
ébréchures, morceaux perdus interdisant
toute reconstitution d'image
Qui est encore dans ce regard?
Qui erre parmi les ruines?
L'espace se resserre aux limites du corps.
Un arbre, un champ de lumière jaune composent
le voyage vers les présents.
Les futurs se sont abolis dans un temps fixé au hachoir.
La pensée, libre et cruelle, ne connaît plus les gardiens du temple. Elle
sabre ses attaches au vu des dévoilements. Elle se laisse déchirer par le
savoir des finitudes.
