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Vous avez dit poissons rouges ?

Auteur : Catherine Ferron 07/03/2010

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C'est tout de même curieux la France... alors maintenant on veut expliquer l'homosexualité à nos petits enfants du primaire... au CP ? au CM2 ? en maternelle peut-être ? moi je propose à la crèche ! et à partir d'un film sur les poissons... et alors quand on touche à la pêche, je veux dire au péché, tout le monde s'en mêle, la droite, la gauche, les cathos, les syndicats, les assos, et même Martin que j'aime bien...

Remarquez quand j'étais petite la sexualité nous était expliquée par les fleurs et le pollen... pourquoi pas les poissons... dans leur nuage spermatique... c'est joli... mais comment on sait que c'est un poisson garçon ?

Voilà, notre début de siècle ne veut plus de la liberté ni sexuée ni sexuelle et tout doit être réglé comme un grand coup de ballet... un film sort justement sur nos écrans narrant les aventures d'une grand mère trop jeune pour sa grande famille et la scène présentée à la TV au 13h et au 20h pose la question d'actualité et certainement (!) représentative du film : une enfant de 4/5 ans dans les bras de son père entre dans une pièce où d'autres sont là et elle s'adresse à la fois à son père et à la fois à la cantonade puisqu'il y a du monde et la grand mère Nathalie Baye au premier plan en crache son potage de saisissement...

"Dis papa ça veut dire quoi sodomie ?" elle est délicieuse, chère innocente diraient d'aucuns... Je trouve cette enfant très bien élevée... car je me suis trouvée plusieurs fois en thérapie avec de jeunes enfants me demandant tout crûment : "ça veut dire quoi enc... ? moi prudente : - où avez-vous entendu ça ? - c'est papa l'autre jour en voiture..."

Alors voilà, une fois de plus, on voudrait envoyer la cellule psychologique prophylactiquement : la manie du vaccin vous dis-je ; on va vous vacciner contre l'homosexualité et l'hétérosexualité aussi d'ailleurs par la même occasion.

Mais que fait-on à la fin en imposant des explications et des réponses avant que le questionnement ne se déclenche ? Ne sait-on pas encore que les enfants (surtout eux) n'apprennent que lorsqu'ils en sont là, c'est-à-dire quand la question leur vient à l'esprit, c'est-à-dire n'importe quand, et par n'importe quel canal plus que tout le monde, c'est-à-dire à la maison souvent tout seul devant l'écran...

Alors si on se rappelle que les poissons (lesquels d'abord : les poissons rouges ou les baleines ?) parce que sur nos écrans on voit plus souvent des baleines que des épinoches... et tout le monde sait que les cétacés... "au lit les enfants il est tard..." juste au moment où ça devient intéressant et d'une longueur à couper le souffle... Donc premièrement : un poisson peut changer de sexe à la vue d'un congénère, il peut même déplacer un oeil (ça c'est vraiment le clin d'oeil d'avril) vous n'allez pas me croire ! renseignez-vous pour les poissons plats... et deuxièmement quelqu'un a dit "tous les goûts sont dans la nature"... Bon alors si un garçon aime un garçon et si une fille aime une fille ? et si mon petit copain a deux papas ou deux mamans ?

Le psychanalyste qui trouve quand même la vie très drôle parce qu'il faut raison garder n'a pas de réponse toute prête... il constate une fois de plus que la transparence est pornographique, qu'on empêche ces petits enfants pleins d'avenir de réfléchir puisqu'on leur colle sur les yeux et dans les oreilles des réponses abêtissantes ; on les prive de leur névrose infantile, mal nécessaire pour tout un chacun qui veut grandir et émerger tant bien que mal de sa famille. Car voici la grande difficulté : le petit enfant fait ses expériences qui vont le mener à l'âge adulte dans le meilleur des cas ; et l'une des premières expériences est de s'apercevoir que sa mère (ou celui ou celle qui en tient lieu) peut être absente et qu'elle ne peut pas tout ; alors il va trouver en lui, cet enfant, des ressources pour supporter cette perte et cet espace vide peut être habité par le doudou, par exemple ; il va ainsi montrer avec cet objet, pendant un temps, son travail de subjectivation, sa capacité à être seul. Et tout cela n'empêche pas son insatiable curiosité sexuelle, sur lui, sur ses proches, à l'école avec, bien évidemment les diverses manières d'être remis à sa place, rabroué, exclu, vexé... Vous voyez comme ce peut être traumatique cet apprentissage que nous faisons tous et à la suite duquel nous devons bien admettre notre propre manque et devant lequel nous allons trouver des solutions et "tout faire" pour que notre maman soit la plus heureuse du monde... ce qui peut durer très longtemps...

Alors que se passe-t-il quand cette "installation" psychique et structurante est empêchée, quand ce petit enfant ne peut construire sa propre théorie sexuelle infantile, son propre fantasme, son rapport personnel à la vie, son poinçon qui va l'organiser et le diriger dans ses actions, que se passe-t-il quand il est dérangé de son élaboration minutieuse et particulière par le social qui lui revient aussi parfois sous la forme de la rencontre avec le psychologue à qui la maman donne la raison de sa visite : "j'ai peur qu'il devienne - le dernier mot est à lire sur les lèvres de la mère : homosexuel" - et qui fait comme si l'enfant n'avait pas entendu...tout cela parce qu'il aime jouer avec les poupées de sa soeur ?

Que se passe-t-il quand le social, la science, les techniques, les lois nous débordent de toutes parts ? Car tout évolue n'est-ce pas ? même les lois qui entérinent les nouvelles moeurs ; mais pourquoi voudrait-on prévenir l'homosexualité ? Elle est déjà une nouvelle norme sociale. Le numéro 4 du Bulletin Lacanien en 2008 a proposé un dossier très articulé autour des questions de sexe et de genre puisque ce vocable nous revient de l'Amérique avec un connotation sociale qui nous oblige à réfléchir à la politisation des questions sexuelles en interrogeant la norme dominante (Fassin). De même les journées du Collège de Psychiatrie ont consacré une large partie du deuxième jour à la question de l'inceste "puisque la sexualité entre adulte ne concerne plus le droit, la loi" (J. Périn) et que "l'inceste est une modalité du lien social qui se généralise" (Ch. Melman). Si le psychanalyste porte sur son temps un regard pessimiste, la clinique du un par un apporte une réponse personnelle à ceux qui veulent mettre en accord leur sexe, leur désir et leur éthique du bien vivre.

Alors vous voyez où peut mener un film sur les poissons rouges : à voir rouge peut-être ? mais le ministre a depuis interdit la diffusion du film dans les écoles et les petits enfants continuent de jouer au docteur et au papa et à la maman, mais pas pour longtemps...

Notes
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