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Problèmes de mémoire

Auteur : Charles Melman 26/02/2009

Bibliographies Notes

Faut-il construire des logements sociaux à l'emplacement des cimetières ?

Cette question est prématurée, mais sûrement de peu. Les dizaines d'hectares situées au coeur ou à la périphérie immédiate des villes vont raisonnablement paraître plus utiles à loger des vivants ou des commerces qu'à héberger des cadavres. Un site funéraire sur internet est à inventer (comment les opérateurs n'y ont-ils pas déjà pensé ?) et sera plus facile à visiter et moins coûteux à fleurir. Quant à la mémoire elle aura tout à gagner devant l'espace et l'imagination des blogs funèbres à créer.

Bien sûr, vous croyez que du blog je passe à la blague. Ce serait méconnaître que l'opération pourtant est déjà en cours. Une IVG, une PMA, un PACS (rien que des lettres, hein ?) sont déjà des pratiques actives d'annulation de l'espace propre aux ancêtres. Et leur exhibition actuelle sur la scène, telle que la promeut cette tournée appelée "Our body" pour faire oublier son origine est-allemande, est aussi exemplaire de leur déplacement en cours.

Est-il progressiste d'oublier ? La question est légitime si on retient que l'espace des ancêtres, par une extension qui ne semble pas avoir de nom spécifique, recouvre l'ensemble du territoire national et le sanctifie, dans le cadre d'une relation inévitablement compétitive ou hostile avec les pays environnants.

Le cosmopolitisme en paraît le meilleur traitement, d'autant qu'il favorise manifestement le flux des échanges commerciaux dans ces entités artificielles que sont les États d'Amérique, du nord comme du sud.

Remarquons que la solution lacanienne ne passe pas par l'oubli de l'origine - défense qui ne saurait empêcher la transformation du refoulé en symptôme et il en va ainsi du déisme diffus et pluriel propre à l'Amérique - mais par la tentative de montrer le caractère contingent de la référence au Nom-du-Père.

Deux questions surgissent à ce propos.

La première demande si la mémoire des ancêtres n'est pas nécessaire pour prendre la mesure des ravages que la question de l'origine rend propres à l'espèce humaine et qui sont toujours susceptibles d'êtres reconduits.

La seconde remarque, avec le dédain du Nom-du-Père c'est la castration qui se trouve délégitimée, voire passe au rang de symptôme, et dès lors pervertit la relation du sujet humain au langage - et donc aussi bien à ses objets.

Mais ne nous empressons pas de conclure. Remarquons surtout que le signifiant "mémoire" a aujourd'hui un fort pouvoir de dénotation, celui du Nom-du-Père alors que son sens est beaucoup plus large. Ne serait-ce qu'à inclure la mémoire inconsciente de la répétition telle que l'agence le fantasme, et dont précisément le rapport avec le Nom-du-Père est à mieux établir.

Notes
Bibliographie