Patronymies. Considérations cliniques sur les psychoses, Marcel Czermak, Erès, 2012
Auteur : Charlotte Bayat 24/05/2012
L’actualité de l’ouvrage de Marcel Czermak, Patronymies, et la pertinence de son auteur, c’est l’actualité des incidences de l’objet, dont les effets s’observent dans tous les symptômes contemporains, toutes structures cliniques confondues.
L’actualité de cet ouvrage, c’est aussi la mise en cause de l’actualité des faux-nouveaux symptômes qu’on nous inflige, qui nous « troublent » de l’humeur, de la personnalité, du développement, etc.
Cette réédition augmentée - la première parution date de 1998 -, nous embarque pour une navigation de l’intime, dans laquelle l’auteur n’a pas peur de mouiller sa chemise, ni de jeter au rebut les vieux chewing-gums d’une psychiatrie et d’une psychanalyse sans saveur.
Les études de cas dépliées par M. Czermak donnent l’occasion de cerner au plus près les effets du nom propre et de l’objet, dans la langue et le corps.
Questions fondamentales sur la vie, la mort, le désir, la maladie, la folie, auxquelles le fantasme scientifique actuel ne répond pas.
Questions fondamentales qui concernent tout praticien de l’inconscient. Par les temps qui courent, rare est le psychanalyste qui ose, devant l’omniprésence de la science, se dire prêt à ce qu’on l’étrangle si ce qu’il a commis n’est pas de la recherche. Marcel Czermak l’a dit publiquement il y a peu.
L’arrogance de l’auteur n’a d’égal que sa soif astronomique de spécifier pour chaque malade, et non pour des usagers du soin, ou autres handicapés psychiques, la logique des signifiants qui fait pour chaque cas la logique de sa structure.
Qu’est-ce qu’un être parlant ? Qu’est-ce qu’un fou ? Comment l’homme pris dans les rets du langage s’en trouve être l’objet, y compris jusqu’au plus intime du corps, jusqu’à parfois l’anéantissement de ses propres fonctions vitales, contre toute « naturalité » physiologique ?
Qu’est-ce « ça » dit ? D’où « ça » parle ? De quoi « ça » cause ? Avons-nous la moindre conscience de ce qu’est l’inconscient ?
L’effort de recherche de Marcel Czermak est chevillé à cette nécessité de faire vivre la recherche clinique. Il lui faut détailler, spécifier, répertorier, ces faits cliniques, ces faits remarquables, ces faits de discours. Les patients, les analysants, le quidam, démontrent si bien - ce dont les traités, les manuels, et classifications diagnostiques actuelles ne veulent rien savoir -, que : « c’est - dans le langage - le nouage du fait clinique et du fait social qui est réalisé ».
Encore faut-il ouvrir l’œil et l’oreille, et laisser l’incompréhension des faits creuser le trou nécessaire dans le savoir, celui inconscient.
Le sujet assumera-t-il son désir comme lié à la loi symbolique du père et aux lois du langage ? Cette fonction de capiton du nom propre n’assurera pas à tout un chacun sa stabilité dans le monde. Et quand bien même, hors du champ des psychoses, quelles en sont les modalités ?
Révélé au rang de nom commun dans bon nombre de situations décrites minutieusement par l’auteur, le destin du patronyme est à étudier pour chaque cas.
Une clinique différentielle, mais tout à fait inhabituelle, pour ceux des jeunes cliniciens, comme des anciens, qui ont acceptés de devenir des praticiens bio-psycho-sociaux, tout à fait en règle avec les directives étatiques actuelles.
Délinquance et responsabilité, transsexualisme, acting-out et passage à l’acte, amnésie d’identité, spécification et défection de la pulsion, pathologie de l’affect, mélancolie, paranoïa, manie, érotomanie, phénomènes psychosomatiques, voix hallucinatoires, statut de l’objet, hypocondrie, psychose unienne, psychose sans moi, la beauté et la mort du sujet, toutes ces entités sont explorées par Marcel Czermak grâce à sa passion du Verbatim.
Paroles de patients, paroles d’analyste qui jamais ne passe sous silence que ses constructions de cas ne vont pas sans les coordonnées du transfert.
La psychose montre comment opère la coupure entre l’objet et le signifiant, entre l’objet et le langage lui-même, comment la naturalité supposée des orifices du corps n’est en rien naturelle, nous rendant plus crues et plus claires aussi nos propres divisions.
Cette réédition est donc une mauvaise lecture, véritable éthique contre les protocoles, la conformité, les conférences de consensus, les références médicales opposables, le code de bonne conduite, les recommandations, la démarche qualité, et les évaluations des personnels soignants comme des malades.
Un ouvrage à contre-courant qui va sans faiblir aider le lecteur à trouver « quelque chose qui s’attache à l’origine purement topologique du langage » dans son lien à la sexualité.
Une boussole.
