Les paradoxes de la fin de la cure de l'analyste
Auteur : Roland Chemama 15/01/2012
Freud, qui avait pu constater à quel point les analystes étaient enclins à « détourner de leur propre personne des conséquences et exigences de l'analyse », en était venu à penser que « chaque analyste devrait périodiquement ( ... ) se constituer en objet de l'analyse, sans avoir honte de cette démarche ». Cela ferait de l'analyse de l'analyste, ajoutait-il, une « tâche sans fin ». L'interrogation forte de Lacan, qui cherche à travers la passe à s'assurer que la cure n'est pas un processus infini, fait-elle radicalement rompre avec une telle position ? Cela n'est pas certain. Je voudrais m'interroger, à l'occasion du séminaire d'hiver 2012, sur ce que j'appellerais : les paradoxes de la fin d'analyse de l'analyste. Je m'appuierai en particulier sur un passage du séminaire Les non dupes errent, où Lacan dit qu'il n'y a qu'un transfert, c'est celui de l'analyste. Comment concevoir une fin d'analyse qui met l'analyste lui-même, après la fin de sa cure, dans cette position tout de même particulière qui est celle d'un transfert continué, et cela pendant des dizaines d'années ? En quoi cette question est-elle liée avec celle du rapport de l'analyste au savoir ? Et en quoi, éventuellement, les questions posées à partir de ces paradoxes de la fin d'analyse chez l'analyste peuvent elle éclairer ce qui pourrait constituer, pour chacun, une fin d'analyse ? Peut-être faut il aussi reconnaître, dans le fil de ces interrogations, que le questionnement sur la fin de la cure élaboré dans les textes sur la passe renvoie à une topologie particulière, celle du tore ou du cross-cap. Pourrait-il être maintenu tel quel dans une approche borroméenne ?
