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La dentellière

Auteur : Marc Darmon 19/06/2012

Bibliographies Notes

« …cette règle apprend qu’il ne faut pas s’occuper tout de suite des choses difficiles et ardues, mais qu’il faut approfondir tout d’abord les arts les moins importants et les plus simples, ceux surtout où l’ordre règne davantage comme ceux des artisans qui font de la toile et des tapis ou ceux des femmes qui brodent ou font de la dentelle ; ainsi que toutes les combinaisons de nombre et toutes les opérations qui se rapportent à l’arithmétique et autres choses semblables ; tous ces arts exercent admirablement l’esprit pourvu que nous ne les apprenions pas des autres mais que nous les découvrions par nous-mêmes, car comme il n’y a rien de caché en eux et qu’ils sont entièrement à la portée de l’intelligence humaine, ils nous montrent très distinctement d’innombrables arrangements tous différents entre eux et néanmoins réguliers dont la scrupuleuse observation relève de la sagacité humaine ».

Lacan nous rappelle donc ce texte de Descartes en remarquant que Descartes lui-même n’a pas suivi cette règle : il n’a pas suivi cette règle et n’a rien découvert ou ne nous a pas transmis de découverte au sujet des nœuds ; donc, en quoi les nœuds intéressent-ils ou devraient-ils intéresser l’analyste ? Et pourquoi devrions-nous nous soumettre à cette manipulation de ronds de ficelles qui, avouons-le, cette manipulation, ne va pas sans répugnance. À quoi tient cette répugnance ? Est-ce à l’incapacité, à ce que Lacan appelle la débilité de notre imaginaire lié au corps lorsqu’il a affaire aux nœuds ? Nous sommes certes plus à l’aise avec les concepts et, curieusement, les concepts sont plus faciles à saisir, à tenir en main, comme l’étymologie l’indique[1], que ces ronds de ficelle. C’est que, justement, le concept nous fournit l’image rassurante d’un cercle qui contient, qui cerne quelque chose. Dans le nœud, les cercles sont évidés ; il faut tenir compte alors de ce qui leur ex-siste, c’est-à-dire, dit Lacan de ce qui tourne autour ; pour Lacan le nœud, c’est, nous dit-il dans R.S.I., le refoulé primordial lui-même, d’où la répugnance qui lui est commune.

On ne parle de nœud, on ne parle du nœud borroméen que parce qu’il y a le langage bien sûr ; c’est une évidence comme dit Lacan, autant dire cette évidence d’emblée ; et dès les premières leçons de R.S.I., Lacan nous montre que le nœud sort de là, il sort du langage, et plus précisément il sort du sens. C’est la distinction par le sens de R, S, I ; c’est parce qu’il y a distinction entre Réel, Symbolique et Imaginaire qu’il y a nœud.

D’où vient le sens ? L’effet de sens, c’est quelque chose que nous connaissons depuis les tous premiers séminaires, l’effet de sens vient de la métaphore, c’est-à-dire que l’effet de sens naît de la substitution d’un signifiant à un autre ; voilà une des façons d’écrire la métaphore : 

 

C’est-à-dire de montrer comment, par un effet d’écriture, se produit l’effet de sens par substitution, et Lacan nous dit que le nœud a à voir avec la question de l’erre de la métaphore. En effet pour distinguer R S I, il faut un écart entre R, S, I ; c’est l’écart de sens, et il faut bien admettre que, par la voie de la substitution signifiante, il existe une limite, c’est-à-dire qu’on ne peut pas, en fin de compte, en substituant signifiant à signifiant, substituer R à S et à I. Donc, c’est cet écart de sens qui individualise les trois ronds et les spécifie comme tels.

Vers le milieu du séminaire, je pense à la leçon n° 5, Lacan nous précise que le nœud a à voir avec la nomination, c’est-à-dire que ces lettres R, S, I viennent nommer le réel, le symbolique et l’imaginaire. C’est à partir de cette question de la nomination que Lacan discute la notion de référence dans la philosophie analytique. Je pense qu’il faut un peu s’arrêter là et réfléchir à la façon de situer cette question.

Pour Saussure, qui fournit à Lacan, au début de son enseignement, un appui, l’erreur des gens qui se sont occupés du langage jusqu’à lui, le fondateur de la linguistique moderne, une des erreurs des philosophes qui se sont intéressés au langage, c’est de partir directement justement de cette question de la nomination, de partir du nom comme, donc, un mot, un signifiant, relié à une chose.

Donc on partirait de la chose sur laquelle on collerait l’étiquette d’un nom. Saussure remarque que c’est tout à fait un abus de partir de la nomination pour traiter du langage : dans le langage, il y a bien autre chose que des noms et, dit-il : « le langage n’est pas constitué par des noms, c’est un accident - je souligne le mot ‘accident’ -, quand le signe linguistique se trouve correspondre à un objet défini pour l’essence, comme un cheval, le feu, le soleil, plutôt qu’à une idée comme ‘il posa’ »; quelle que soit l’importance de ce cas, de la nomination, il n’y a aucune raison, bien au contraire, pour le prendre comme type du langage, « il s’agit, dit-il, d’une faute sur l’exemple ».

Donc retenons ce terme d’accident ; il indique un peu plus loin dans une note manuscrite « qu’il suffit en effet que dans le signifiant apparaissent, dans l’étymologie, dans la diachronie, une petite distinction pour qu’aussitôt cette distinction se produise dans les choses ; de même il suffit que deux signifiants se rapprochent, et se confondent pour mettre en rapport des choses jusqu’alors différentes ».

Lacan nous dit : voyons comment avec Saussure le symbolique prend son autonomie en quelque sorte. Il n’est plus question d’une nomenclature, de coller des étiquettes aux choses, voyons comment ce symbolique a bien déterminé ce qu’il en est de notre rapport aux choses ; mais ce qui reste entier, c’est cette question de la nomination et de cet « accident » dont parle Saussure ; en fin de compte, on ne comprend plus très bien ce qui fait lien. Lacan nous dit que pour Platon justement, il y avait entre le mot et la chose…, il avait découvert qu’il y avait l’idée, l’idée éternelle. Pour nous, à la suite de Lacan, l’idée c’est l’imaginaire ; Platon avait bien l’intuition d’un tiers terme qui rende compte du lien entre le mot et la chose. Finalement les mots ne collent pas aux choses mais il est nécessaire que quelque chose d’autre, que l’imaginaire intervienne.

« Dans la linguistique donc, nous dit Lacan dans R.S.I., on distingue tout de même le donner nom, le nommer, le consacrer une chose d’un nom de parlotte ; on considère que c’est distinct de la communication, que c’est là que la parlotte se noue à quelque chose de réel ». Donc, voici les trois instances posées, la nécessité du tiers terme et puis la question de la nomination.

Venons-en au nœud lui-même : le nœud, nous dit Lacan, est affaire d’écriture ; c’est « le trait d’écrit » lui-même qui noue le nœud ; et il utilise là l’image du nœud fait de deux ronds et d’une droite pour mettre en évidence le nouage par le trait d’écrit supposé aller se fermer à l’infini : qui noue le nœud et qui ainsi présentifie le réel du nouage (Fig. 1).

C’est pourquoi le nœud n’est pas pour Lacan un modèle : un modèle sert à extrapoler quant au réel, même en mathématique ; c’est-à-dire que, pour un modèle, le réel n’est que supposition ; le nœud, lui, se situe bien dans l’imaginaire tout comme un modèle, mais il ne renvoie pas à un réel supposé : on vient de le montrer, le réel n’est pas supposé, il vient là écrire le nœud ; il vient de ce trait d’écriture nouer le nœud ; c’est pour cela que le nœud fait exception au modèle.

Qu’est-ce qu’il s’agit de nouer ? Il s’agit de nouer, nous dit Lacan, des consistances et il nous précise que c’est en fin de compte « le symbolique qui de la consistance fait métaphore la plus simple » : phrase qui nous interroge mais qu’on comprend très bien puisque ce n’est pas l’imaginaire qui va donner une idée de la consistance ; l’imaginaire, c’est ce qu’il y a de plus évanescent, il suffit de souffler dessus pour le changer : c’est ce qui part en fumée. Ce qui fait métaphore, pour nous, de la consistance, c’est le symbolique, mais, précise-t-il tout de suite, attention : il ne faut pas considérer que pour nous la consistance du symbolique, c’est la consistance par exemple des mathématiques ; en effet, dans le langage tel qu’il se parle, nous ne cessons de nous contredire, donc il n’est absolument pas question de fonder cette consistance du symbolique dans la non-contradiction.

Alors qu’est-ce qui fait pour nous la consistance du symbolique ? C’est qu’il y a un signifiant qui vient tenir toutes ces chaînes signifiantes et qui leur donne sens ; ce signifiant, c’est le phallus, donc la consistance du symbolique tient au phallus. Mais à bien y réfléchir, la consistance de l’imaginaire tient, elle aussi, au phallus ; car à quel moment se constitue-t-elle, cette consistance de l’imaginaire ? Elle se cristallise au moment du stade du miroir là où le corps prend son unité, et Lacan parle de cette expérience, de ce film qui montre un enfant devant le miroir, cet enfant passe la main devant son sexe, si bien que l’image de ce sexe est élidée. Finalement, dit Lacan, ce sexe est-il présent, est-il absent, quand on passe la main devant, on ne sait plus ; cette absence/présence liée à cet acte d’élision, c’est ce qui donne corps au corps ; c’est ce qui donne l’unité, la consistance du corps.

C’est bien pour nous ce qui distingue le signifiant d’un signe univoque, c’est que le trait unaire se rapporte aussi bien à la présence qu’à l’absence ; il se rapporte non pas à la présence, non pas à l’absence mais à la différence entre présence et absence.

Donc voilà posées les consistances.

Je voudrais, pour aller vite, vous proposer quelques reconstructions pour suivre le fil de ce séminaire en vous soulignant que suivre le fil et retrouver le lien entre ce séminaire et les séminaires suivants, Lacan est là-dessus assez clair : il nous dit que ça relève de l’imaginaire ; de retrouver le fil, ça relève de l’imaginaire.

Mais il nous souligne aussi que cet imaginaire a un réel ; il y a le réel de l’imaginaire.

Alors, que Lacan nous propose-t-il dès les deux premières leçons : une relecture de Freud à l’aide de son nœud.

C’est le nœud où l’on voit inscrit sur des cornes inhibition, symptôme et angoisse, la triade freudienne. Comment Lacan construit-il ce nœud ? Je vous propose un fil : dès les premiers séminaires, dès 1954, vous savez que Lacan concevait le coinçage du R, du S et du I comme le coinçage de trois plans ; de trois plans qui se détachent. Il revient au début du séminaire sur cette image... 

On peut le réaliser très simplement avec trois feuilles de papier (Fig. 2) où le bord de la feuille de papier peut-être considéré comme une droite à l’infini, et il arrive ici un point de coincement, et on peut imaginer que les plans peuvent s’interpénétrer ; c’est-à-dire qu’on peut avancer, on peut dépasser ce point de coincement, et nous obtenons trois surfaces qui se croisent. Ces surfaces représentent en fait le déploiement à l’infini de chaque consistance.

Lorsque l’on passe du rond à la droite à l’infini, il y a une sorte de balayage d’un champ, donc nous obtenons trois surfaces trouées avec peut-être un dessin intermédiaire qui donc définirait un champ de balayage. Si nous rapportons chacune de ces surfaces sur ce schéma du coincement des trois surfaces, vous reconnaissez en fin de compte le nœud borroméen avec les cornes de inhibition, symptôme, angoisse ; où l’on voit que le symptôme, lui, part du symbolique et surgit dans le réel, la corne du symbolique dans le réel ; l’inhibition part de l’imaginaire et fait intrusion dans le symbolique ; l’angoisse part du réel et se produit dans l’imaginaire, dans le corps (Fig. 3).

 

Si les choses nous ont paru à la lecture se tenir au niveau du symptôme et de l’angoisse, je dois dire que c’est plus difficile à saisir pour l’inhibition. Mais, nous dit Lacan, l’inhibition est liée à cet effet d’arrêt qui résulte de l’intrusion de l’imaginaire dans le symbolique, donc l’inhibition serait liée à cette intrusion de l’I dans le S qui ferait arrêt.

Une note de Freud rapporte l’inhibition à ce qu’il en est de l’onanisme infantile, masturbation qui ne peut aller jusqu’au bout, une sorte d’arrêt ; cela constituerait le modèle de l’inhibition.

Alors il y a une autre triade freudienne que Lacan a soumise aux lectures à partir du nœud borroméen, celle des trois identifications. Il nous dit finalement que s’il y a un grand Autre réel, il n’y a pas d’autre grand Autre réel que le nœud. C’est en cela qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre.

« Cet Autre réel, nous dit-il, faites-vous identifier à son imaginaire et vous aurez l’identification de l’hystérique, c’est-à-dire l’identification au désir de l’autre ; ceci se passerait au point central c’est-à-dire le point de l’objet a.

Identifiez-vous au symbolique de l’Autre réel et vous aurez l’identification au trait unaire.

Identifiez-vous au réel de l’Autre réel, il s’agit alors du nom du père et de cet amour particulier ».

La question du Nom-du-Père est tout à fait centrale dans ce séminaire. Il y a la question du sens, le nœud sort du sens ; qu’est-ce qu’un effet de sens réel par rapport à l’interprétation ? Et puis il y a la question du Nom-du-Père et la nécessité d’un quatrième.

Donc il s’agit, non plus de relire des triades freudiennes, mais de relire ce que Lacan a apporté antérieurement avec cette notion de Nom-du-Père. Il nous dit ici dans un premier temps : je vous ai parlé des Noms-du-Père, et bien, les Noms-du-Père, c’est ça : c’est le S, l’I et le R. Il dit ça dans un premier temps. Ce sont les noms premiers en tant qu’ils nomment quelque chose.

Il nous dit quelques leçons plus loin qu’il y a trois formes du Nom-du-Père, celles qui nomment comme tels l’I, le S et le R, et c’est dans ces noms eux-mêmes que tient le nœud. Puis, dans la dixième leçon, Lacan nous dit que pour Freud, le Nom-du-Père, c’était identique à la réalité psychique, c’est-à-dire la réalité religieuse et c’était par cette fonction de rêve que Freud instaurait un lien entre le S, l’I et le R.

Donc le Nom-du-Père est-ce indispensable ? Lacan est là très prudent, nuancé : « Ce n’est pas parce que cette suppléance n’est pas indispensable qu’elle n’a pas lieu ; on ne voit pas pourquoi un nœud minimal constituerait un progrès ». Et je terminerai sur ce point en évoquant la dernière leçon de ce séminaire où la nécessité d’un quatrième semble s’imposer.

Comment ? Et bien, semble-t-il, Lacan nous dit que à trois, dans le nœud à trois, on ne peut pas dire en fin de compte lequel est le réel ; on peut manipuler : si vous avez vos ronds de ficelle, on peut changer immédiatement l’ordre des ronds, c’est-à-dire que ce nœud présentifie ce qu’il en est d’un cardinal ; il en faut trois, il faut le nombre trois pour que ça tienne, mais allez dire là-dedans lequel est le réel..., lequel fait nœud... Il semble qu’avec le quatrième une distinction s’introduise : le Nom-du-Père avec le quatrième comme nomination, Lacan nous dit que c’est la seule chose dont nous soyons sûrs que ça fasse trou ; mais il n’est pas obligé que ce soit au trou du symbolique que soit conjointe la nomination. Sans le quatre, nous dit-il, rien n’est à proprement parler mis en évidence de ce qu’est vraiment le nœud borroméen.

Je voudrais suivre très exactement cette dernière leçon pour terminer. Dans cette leçon, bien que Lacan ne nous ait pas fourni de dessin de son nœud à quatre, il s’est contenté d’inscrire les consistances sur un losange de la façon suivante :  

Il nous dit que, dans une chaîne borroméenne, il y a, si on prend cette façon de nouer, avec les oreilles pliées… - donc Lacan fait exactement le début de ce dessin - : dans une chaîne borroméenne, vous voyez, il y a un, deux et trois ; il s’arrête là et dit : « Qu’est-ce qui implique dans la chaîne que nous placions un quelconque des deux premiers au rang de troisième ? » : donc il s’agit de placer un des deux premiers, un ou deux au rang de troisième ; il nous dit : « un sera dès lors noué au deuxième par le troisième et par le quatrième. Il passe à la place deux mais avec lui le quatre » ; donc voilà le texte tel qu’il apparaît dans son obscurité.

Essayons de montrer comment ça peut se visualiser. Au début du séminaire Lacan nous présente un exercice de nœuds, celui qui a été reproduit sur l’annonce des Journées ; j’espère que depuis vous avez eu le temps de les examiner (Fig. 4).

Je vous invite à fabriquer un nœud à quatre avec des ronds réalisés comme ceci ; donc ici vous avez le dessin qui est reproduit sur l’annonce en deuxième ; ensuite ce rond jaune ici, vous allez le faire passer à l’intérieur du rouge...

Vous vous apercevez en cours de route qu’il y a deux faux trous, c’est-à-dire qu’on peut intervertir à volonté deux des ronds de ficelles, que les ronds sont solidaires deux à deux. Donc on peut montrer très facilement par une manipulation en prenant le quatrième, en le faisant rentrer à l’intérieur du deuxième… on arrive très bien au premier dessin. Donc, ces deux nœuds sont les mêmes ; mais en cours de route, la chose importante, c’est que vous avez remarqué donc que les ronds étaient solidaires deux à deux ; lorsque vous essayez de faire passer le deuxième en position de troisième, on voit ce qui se produit : le trois et le quatrième viennent entre les deux...

Alors, de quoi est composé ce qui vient au milieu ? Du troisième et du quatrième solidaires faisant faux-trou et venant lier le premier et le deuxième. Qu’est-ce que c’est qu’un faux trou : c’est le trou situé entre ces deux consistances pliées en demi-oreille ; donc vous voyez que, sans les manipulations, c’est difficile de s’en sortir pour lire cette leçon du séminaire d’abord, et pourtant c’est une leçon tout à fait intéressante puisqu’elle fait le pivot entre ce qui vient avant R.S.I. et ce qui va venir après : Les Non-dupes errent et Le Sinthome.

Vous avez vu dans le début de R.S.I., le symptôme paraître comme dans l’épaississement de la consistance du symbolique, la corne du symbolique qui venait faire intrusion dans le réel, comme ce qui dans le réel représentait quelque chose du symbolique, ou, plus exactement, comme une fonction de la lettre, De la lettre dans le symbolique qui surgissait dans le réel ; dans cette dernière leçon n° 11, Lacan reprend cette question inhibition, symptôme, angoisse, et à partir de la nomination et dans la première leçon du Sinthome, le nœud à quatre va être présenté avec un nouage entre le quatrième et le symbolique parce que, que nous apprend cette manipulation ? Que le quatrième reste en quelque sorte noué à l’une des consistances ; que par exemple le R et le S sont noués par le quatrième et l’I. Et ici, dit Lacan, il s’agit de la nomination imaginaire, et il nous précise que la nomination imaginaire, c’est le faux trou ; la nomination, c’est ça, c’est cette droite à l’infini, qui fait faux trou avec le rond de l’imaginaire, c’est-à-dire que c’est une nomination qui fait faux trou avec les trous du corps, si on peut dire, qui, à partir des orifices du corps, fabrique des faux trous, et cette barre, cette droite à l’infini, présentifie justement ce qui barre, ce qui produit l’inhibition, liée à cette nomination imaginaire.

Mais nous voyons tout de suite que le nœud à quatre introduit bien un ordre, un certain ordre, une distinction : c’est que le un et le deux vont former un faux trou, et le trois et le quatre un faux trou également ; on va pouvoir faire des permutations mais à l’intérieur de cette matrice.

C’est-à-dire que cette nomination imaginaire va rester liée au rond imaginaire, donc elle va introduire une distinction par rapport au nœud à trois où il n’y avait pas de distinction. On peut aussi concevoir de la même façon une nomination symbolique, donc entre réel et imaginaire, liée au symbolique et une nomination réelle, liée au rond du réel.

Et Lacan s’exerce à une relecture de inhibition, symptôme, angoisse en rapportant l’inhibition à la nomination imaginaire ; donc on voit bien pourquoi, cette histoire de faux trou, la nomination symbolique au symptôme, c’est-à-dire au rond qui resterait noué au symbolique et qui viendrait faire lien entre réel et imaginaire et la nomination réelle, représenterait ici l’angoisse.

À la fin de ce séminaire, Lacan reste sur la question suivante : « Que convient-il de donner comme substance au Nom-du-Père ? ». Un peu plus haut, il pose la question de ce qui distinguerait une nomination symbolique et une nomination réelle : « Est-ce que le père, c’est celui qui a donné leur nom aux choses ou bien ce père doit-il être interrogé en tant que le père au niveau du réel ? ».

C’est très exactement ce point qu’il reprend dans le séminaire suivant sur le sinthome. Peut-on, de ces nominations, en donner un exemple clinique ? Lacan nous dit que la nomination imaginaire a un effet d’inhibition, et je rapporterai le cas d’un homme d’une trentaine d’année en analyse pour ce symptôme d’inhibition ; c’est-à-dire inhibition au travail, inhibition sexuelle. À un moment très particulier de son analyse, il a pu faire le lien, puisque ces choses-là finalement n’étaient pas refoulées, entre ce qu’il en était de la nomination : il se trouvait que cet homme était le troisième, le premier garçon après deux filles, mais en fait il y avait eu un frère avant lui qui est mort avant sa naissance, et les parents lui on donné le prénom de ce frère mort et, dit-il : « s’il n’était pas mort, je ne serais pas né, puisqu’ils voulaient un garçon et puis se seraient arrêtés là ». Et ce sujet, dans la petite enfance a eu une maladie très grave dont on a dit après qu’il aurait pu en mourir, c’est-à-dire il a failli mourir réellement et c’est une chose qui était restée comme ça dans le mythe familial comme très importante et à laquelle il se référait par la suite lorsqu’il se trouvait en difficulté. Et c’est au moment où il a pu faire le lien entre ces différentes choses et cette nomination imaginaire, puisqu’on peut ici parler véritablement de nomination imaginaire, que l’inhibition s’est trouvée levée.

Notes

[1]           Concipere, de con+capere, en latin, « prendre, saisir » +« ensemble ».

Bibliographie