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La Haute Autorité de Santé perd de l'altitude

Auteur : Jean-Marc Faucher 16/04/2012

Bibliographies Notes

Jusqu’à une époque pas si lointaine l’autorité médicale était incarnée, elle portait un nom. Cette autorité-là connaissait les limites de son champ et reconnaissait alors une autre autorité. Un autre nom.

La Haute Autorité de Santé, héritière de l’ANAES (Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé) a été créée en 2004.

Elle est anonyme, on ne connaît que le nom de son président, le professeur Jean Luc Harousseau, hématologue reconnu, ancien président du conseil régional des Pays de Loire.

Elle diffuse des recommandations qui sont rédigées au terme de ce qu’on appelle des conférences de consensus, inspirées du modèle judiciaire américain et du déroulé des procès. Ces recommandations sont donc en principe rédigées par un jury supposé neutre, puisque composé de non spécialistes, après audition d’experts désignés.

C’est pourquoi il peut arriver d’entendre un des experts concernés exprimer publiquement son désaccord sur  telle recommandation.

Or voilà que notre HAS, sur la base de cet outil scientifico-démocratique, est pressée de toute part de dire la science. Il n’est pas sûr qu’elle le puisse. Pas plus qu’elle ne peut dire le droit, ce qui revient au conseil d’état.

Contrainte par des décisions du conseil d’état, L’HAS a du revenir sur des recommandations indûment présentées comme scientifiques ou ne prenant pas suffisamment en compte les conflits d’intérêts[i].

Les recommandations retirées concernaient le diabète et la maladie d’Alzheimer, domaines où des décisions peuvent être scientifiquement argumentées.

Que penser alors quand l’HAS s’essaye à dire la science dans un champ comme celui de la psychiatrie où la pratique ne trouve encore aucun appui sur ce qu’on appelle aujourd’hui la science ? L’honnêteté consisterait déjà à le reconnaître. 

Si l’on a cru un moment avoir identifié un marqueur biologique susceptible d’aider à la décision d’interrompre un traitement antidépresseur, il a fallu déchanter. Un tel apport aurait assurément été utile si l’on considère le nombre de patients indéfiniment maintenus sous traitements, mais Les labos s’accommodèrent très bien de cet aspect déceptif de la science. 

C’est un fait, le psychiatre ne trouve encore aujourd’hui aucune aide à proprement parler neuroscientifique à la prescription de tel psychotrope plutôt que tel autre ; aucune aide non plus pour l’interruption de cette prescription. Il doit au contraire s’orienter de façon artisanale dans une clinique au cas par cas. Cependant, l’HAS est pressée de dire la science dans cette discipline également.

Il est édifiant de voir comment ont été accueillis par la revue prescrire les efforts de cette Haute autorité disant la science dans le champ du traitement des troubles  bipolaires.

Quand l’HAS a publié son guide de prescription, les commentaires dans le numéro 338 de la revue prescrire ont été sans ambiguïté : la revue qualifie gentiment ce guide d’inutile.

Elle aurait pu écrire dangereux puisqu’elle relève p. 948 « Le risque de voir ce guide conduire à une débauche de prescriptions mal documentées ».

Ceci est très sérieux puisque le praticien est invité à une débauche de prescription sur un terrain où l’industrie pharmaceutique a réussi à faire tomber en désuétude les anciennes catégories cliniques bien identifiées et discriminatives, au profit de catégories fourre-tout, où le trait courant côtoie les symptômes les plus graves, avec cet avantage pour l’industrie que ces catégories nouvelles concernent un segment de population bien plus important. (on pourrait en travaillant bien le terrain aller jusqu’à 24%).

L’affaire est sérieuse puisque cette invitation à une débauche de prescriptions fait évidement obligation pour le praticien qui tentait encore jusque là de faire preuve de rationalité, c’est-à-dire de ne pas participer complètement à la vague consumériste de psychotropes soulevée par l’industrie pharmaceutique.

Celui-là pourra désormais se voir opposer les recommandations de l’HAS devant un tribunal où il lui serait reproché une perte de chance pour un des patients pour lesquels il se serait abstenu de prescrire. Que pourra-t-il répondre à l’instance qui dit la science ?

Grand secours donc de la Haute autorité pour les jeunes praticiens ! 

Satisfaite sans doute de ces hauts faits, l’HAS s’est lancée à dire la science dans le champ des soins apportés aux enfants autistes. 

Au-delà de la confusion déroutante qui associe l’orientation analytique à la pratique des Pacs froids, il y a peut-être une raison d’espérer après la lecture des conclusions de l’HAS.

Une chose est apparue clairement à l’HAS. Contrairement à tout ce qu’il lui a été donné de traiter  « scientifiquement » jusque-là, nous avons vu avec quel succès, une démarche dans le champ de la psychiatrie ne se prête pas à ressembler à de la science : celle des psychanalystes.

«L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle »

Nous voilà rassurés, il arrive quand même à la haute autorité de reconnaître les limites de sa science et de ne pas conclure.

Savoir suspendre son jugement n’est-ce pas le premiers pas pour devenir cartésien ?

Notes

[i] La HAS a dû retirer sa recommandation  « traitement médicamenteux du diabète de type 2 » sur décision du conseil d’état du 27 avril 2011, décision motivée par une prise en compte insuffisante des conflits d’intérêts.

 

La HAS a dû pareillement retirer sa recommandation « Diagnostic et prise en charge de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées » sur décision du conseil d’état du 18 octobre 2011. Elle a été condamnée en outre à verser la somme de 1500 € à l’association FORMINDEP (association pour une formation médicale indépendante) au titre de l’article L. 761 – 1 du code de justice administrative.

Bibliographie