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L'inconnu du B.L.B., (Érès, 2009)

Auteur : Jean-Marie Forget 27/11/2009

Bibliographies Notes

À Françoise Bargero, qui a rendu ces rencontres possibles,

L'inconnu du B.L.B. nous invite à un parcours sur le scooter d'un livreur de pizzas à travers les cités d'une ville de la banlieue parisienne. Il nous invite à nous glisser dans la vie des cités, dans une vie ponctuée d'évènements explosifs, parfois stoppée par des moments d'attente et à l'occasion épanouie dans des fêtes collectives. Nous suivons le trajet d'un scooter, à la recherche d'un inconnu entrevu, qui a mystérieusement disparu. Cette quête invite le lecteur à une attention toute particulière, à l'affût de tous les indices possibles rencontrés sur sa route, où se dévoile peu à peu l'intimité de la vie sociale, comme dans un bon roman policier. Le lecteur y lit entre les lignes les souffrances, mais aussi les élans fragiles des aspirations des jeunes qu'il rencontre, qui se livrent avec pudeur et discrétion, plutôt que dans des revendications affichées.

L'inconnu du B.L.B. nous entraîne sur le lieu d'une explosion sociale. La familiarité entrevue par le voyage dans la cité livre progressivement des ébauches de compréhension. La qualité des liens dont le lecteur est témoin permet de saisir la charge des aspirations et des attentes déçues, de mesurer la profondeur des désarrois et des désespoirs qui se creusent et d'approcher l'intimité de ce qui anime ces jeunes dans leurs singularités, dans leurs articulations entre eux et dans la solidarité de leur vie collective.

Ce lieu est à notre porte si nous y prêtons attention.

L'inconnu du B.L.B. révèle la chance d'une rencontre quand un adulte franchit cette porte, se propose d'accompagner les jeunes pour leur permette d'inscrire dans les mots leurs attentes, leurs recherches et ce qui les anime, parce que c'est la reconnaissance de celui-ci qui offre la légitimité de leurs affirmations. L'écrivain qui les accompagne sur la banquette arrière du scooter, l'animateur de la cité qui lui sert de passeur et qui lui a mis le pied à l'étrier pour cette aventure manifestent que le temps d'accueil de la parole, que la bienveillance de cet accueil, sont des préalables nécessaire à toute affirmation, à toute mise en mots, à toute mise en forme, fût-elle celle du Rap. Celle-ci se révèle bien spécifique d'un discours en monstration, avant même de pouvoir s'articuler dans un récit, dans un constat affirmatif ou dans une proposition idéologique.

À ce titre, L'inconnu du B.L.B., est une illustration pour le lecteur du parcours offert à chacun à travers la structuration de la parole et de l'écriture. Ce parcours n'est possible qu'à la condition d'avoir un interlocuteur, d'avoir un autre à qui s'adresser, pour tâtonner à exprimer ce qui bouillonne en soi. C'est à cette condition qu'il devient possible à chacun de pouvoir compter sur soi, de tabler sur ses propres perspectives et de supposer que des projets peuvent être réalisables de manière différée. C'est à cette condition qu'une expérience supplémentaire devient possible, où chacun peut découvrir en lui ce qui l'anime, ce qu'il ignore, alors qu'il peut refuser de reconnaître cette part de lui même de crainte de l'inconnu. Cette part de soi qui est insaisissable ne peut être reconnue que si l'autre, l'interlocuteur du jeune, lui donne foi, lui fait confiance, lui fait crédit. Mais cet interlocuteur n'est pertinent dans le crédit qu'il accorde à la parole du jeune que si lui-même est attentif à la légitimité de ce qui l'habite, de ce qui l'anime et dont il reconnaît la dimension d'inconnu.

L'inconnu du B.L.B. est un livre de solidarité.

Une jeune fille me disait à sa lecture : "Ils sont solidaires, alors qu'ailleurs, c'est chacun pour soi". Il reste que la solidarité dont il s'agit dans cet écrit est moins celui de la solidarité collective, qui peut se réduire tôt ou tard à une solidarité contre celui qui en est étranger, que la référence à une autre solidarité. C'est celle qui correspond à la possibilité de prêter attention à la parole de l'autre, avec respect pour ce qui tente de s'y dire, moins pour cautionner cette parole que pour lui permettre de se constituer, de s'affirmer et de pouvoir saisir dans son élan la part de singularité et d'inconnu qui se révèle dans chacun.

C'est le pari de la parole dont les jeunes ont l'intuition dans leurs cris, leurs invocations, leurs chants, qui nécessite d'être reconnu et d'être accompagné par des adultes qui ont pu faire, pour eux même, le même pari en reconnaissant que ce qui anime leur parole leur échappe et leur reste définitivement inconnu, au B.L.B., comme ailleurs.

Notes
Bibliographie