L'assimilation à l'envers (3e épisode)
Auteur : Charles Melman 03/11/2010
Il est convenu que l’assimilation à une culture ou à une communauté passe par celle de son idéal. Celui de la France naguère, patrie des droits de l’homme, faisait modèle. Mais qu’il s’agisse d’un progrès mental ou bien d’un effet de la mondialisation, l’idéal communautaire a généralement faibli en Europe. Et celle-ci manque d’âme, d’une histoire rassembleuse, d’une religion partagée, voire d’un projet industriel ou social explicite pour s’y substituer. Quel Européen d’ailleurs en connaît les frontières ?
Certes les Français ont conservé le goût de leur patrie, mais il s’exprime surtout sur le mode ludique, à l’occasion des manifestations sportives par exemple, ou bien nostalgique, avec la journée du patrimoine.
Un pays de musées n’a pas de présent à proposer aux enfants d’immigrés. Ceux-ci sont ainsi poussés à chercher dans leur propre histoire les idéaux propres à assurer une identité et du même coup une revanche à la défaite de leurs pères. Le capuchon sur la tête tendra à introduire parmi nous la silhouette des populations maghrébines. Mode vestimentaire que reprendra une bonne part de la jeunesse, sensible à la contestation radicale qu’elle exprime face à la carence généralisée des pères.
Le plus émouvant est peut-être de constater que faute de réussir à enseigner notre langue aux enfants, nous les laissons parler beur ; accent, lexique, syntaxe, la novlangue fleurit. Elle a le mérite en effet de garantir une identité forte, agressive, revancharde, faute d’une autre, nationale, que les enseignants eux-mêmes peuvent sembler ne plus devoir encourager. Sauf à y être contraints un jour par la réaction nationale-extrémiste qui partout se prépare, y compris, semble-t-il, aux U.S.
