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Il sera un temps (Transparence)

billets : politique

Auteur : Marc Nacht 02/02/2011

Bibliographies Notes

 

« La pensée... un rêve noir », Jacques Lacan, Leçon du 15 janvier 1974

...que nul ne saurait dire, le présent déjà passé ne pouvant être que le voile de l’avenir.

C’est pourtant sous le signe de la transparence qu’à défaut d’idéal plus phallique se projettent les révolutions. Loin d’en attendre cette « obscure clarté qui tombe des étoiles » par laquelle chacun pourrait conforter les limites de sa subjectivité et de l’accomplissement de ses envies à la faille d’un grand Autre, c’est au bord du précipice de la toute-puissance qu’une infinité de chemins solitaires se dessinent.

Contrairement à ce que l’on s’imagine volontiers, la transparence n’est pas ce qui révélerait, pour une raison enfin désaliénée, la nudité du roi, mais ce qui aveugle par la levée factice de la barre du grand Autre.

Par un remarquable retournement de l’esprit des « Lumières », du primat par la science de l'accès au réel et du partage convenu des décisions politiques, c’est sous nos latitudes occidentales que se voit promue cette transparence. Comme un fantasme, cette dernière remplace la consistance, liée à la mesure, par la virtualité d’un discours désarrimé de ses instances symboliques. La communication, placée sous le signe devenu fétiche de la transparence, aboutit à une saturation, par des signifiants éphémères, de la conscience politique construite laborieusement au cours de l'histoire dont l'événementiel implique la temporalité du verbe.

On pourra s’étonner que cette évolution coïncide avec l’accroissement des richesses disponibles, accroissement considérable depuis ce qu’on appelle la troisième révolution industrielle. Que le numérique en soit venu à prendre la place de la matérialité de l'outil, que le cerveau ait pris celle de la main, questionne au-delà d’une intégration des nouvelles technologies dans une économie placée sous l'impératif d'une consommation productiviste. La dissolution du politique dans le néolibéralisme - tel que l’analyse Jean-Pierre Lebrun[1] - aboutissant au "lissage des comportements", porte à questionner sur ses effets mutatifs et la dérive d’une civilisation dont l’ontogenèse a toujours été liée au travail, même si ce dernier a aussi toujours fait l'objet d'exploitation et de discrimination sociale.

Ce qui était lié au travail, impliquant le geste même dans les tâches les plus répétitives de l’industrie n’a, pour ainsi dire, plus cours, et l'artisanat est expirant. La sensorialité, exclue du travail, se trouve en état d’errance et le pulsionnel ne rencontre plus d’autres bords que l’objet devenu étranger. De là à dire que l’homme devient étranger à lui-même, il n’y a qu’un pas, celui d’une nouvelle aliénation dont une langue brisée se fait l'écho. Ce qui frappe le corps, et réduit le langage à des signes utilitaires, a pour pendant ce qui prive le sujet d'une reconnaissance pérenne par l'atomisation des fonctions et des responsabilités.

Depuis l’extension relativement récente du néolibéralisme et son cortège d’offres, posséder devient un droit, voire même une sorte de devoir, soulignant les inévitables inégalités. Ces dernières occupent la place du manque symboligène sans en assurer la fonction. Elles occultent la possibilité du nouage entre les trois instances RSI par un effet de concaténation d'où résulte un trop plein dont le discours sur la transparence ne fait que masquer l'opacité.

La psychanalyse a encore de beaux jours devant elle.


 

 

 

 

 

Notes
Bibliographie