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Edito Charles Melman : La volonté de rendre l'autre fou

Auteur : Charles Melman 27/09/2011

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La volonté de rendre l’autre fou

 

Faut-il permettre à l’enfant de connaître le nom du donneur quand il est né par P.M.A. ? Le pauvre petit croyait bêtement jusqu’ici qu’il était né du petit secret qui la nuit se faisait parfois entendre depuis la chambre de ses parents. Pas du tout. Il aurait le droit de savoir dans son cas qu’il est né d’une sécrétion et que le producteur se nomme Mr X ou Mme Y, domicilié à tel endroit, etc., le lieu de la fécondation se révélant être un labo d’hôpital. Ceci au nom de la vérité, bien sûr, pourquoi la lui cacher ?

Que faut-il penser donc de cette exigence, qui vraisemblablement fera loi en France avec la prochaine législature ? Quelques timides objections contre elle viennent pourtant à l’esprit.

D’abord qu’on ne saurait parler de « don » à propos d’un produit dont le sort naturel est d’être gaspillé et dont le prélèvement n’altère en rien la profusion. Le détournement à des fins médicales du produit n’engage pas plus son fabricant que le stock qui spontanément se renouvelle.

En outre si un don implique le geste généreux d’un propriétaire, celui qui est ici sollicité est seulement l’usufruitier d’un bien qui lui a été transmis, serait-ce à son corps défendant et qu’il a vocation, acceptée ou non, à lui même transmettre.

Il peut le faire en son nom propre et assurer sa parenté.

Mais il peut aussi en refuser la charte et s’en libérer en gardant l’anonymat face à la grossesse qu’il a causée. Dans ce cas le petit bâtard devinera peut-être un jour le nom de celui ou celle qui a fauté. Mais dans le cas qui nous intéresse, il ne s’agit pas de faute mais de charité. Ce bâtard-là est l’enfant non du sexe mais de la bonté, quoiqu’elle n’ait rien coûté à son auteur et peut-être au contraire lui a valu quelque gratification, bonté qui en outre se désintéresse de ses effets.

On connaissait autrefois les enfants de l’Assistance publique ; il y aura maintenant les enfants de l’assistance privée.

Celle-ci, avec le dévoilement du nom du « donneur », prépare le cocktail apte à rendre l’enfant fou. Cet effet rendu possible par le progrès scientifique, mérite qu’on s’y arrête un instant.

Charles Melman

Notes
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