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Du nouage et des nominations… peut-on faire une clinique ?

Auteur : Thatyana Pitavy 30/05/2012

Bibliographies Notes

« Clinique et Invention en topologie » d’emblée, nous invite à réfléchir sur la structure du sujet ; autour de quel point d’amarrage cette structure s’organise-t-elle et se tient-elle? Dans quelle mesure un sujet peut-il être à la fois dupe de cette corde qui lui/le tient… à cœur, et ne pas se limiter à elle ? 

Inspirée par la théorie des nœuds, la topologie lacanienne est pour nous un lieu de recherche clinique et théorique important, s’avérant incontournable au regard des cliniques actuelles et nouvelles. Avant-gardiste dans les années 70, le nouage borroméen a introduit en psychanalyse une notion de structure autre que celle héritée du structuralisme.

La structure du sujet devient la notion même du trou, de ce point de coincement, de ce triple trou localisé au cœur du nœud borroméen, le triskel. La mise à plat de ce nœud donne à lire la structure comme une écriture, une écriture en relief, en mouvement. Elle devient nouage de ces trois catégories nommées : Réel, Symbolique et Imaginaire.

Est-ce là une hérésie de dire qu’un nœud ne s’invente pas ? Qu’il est déjà écrit, une écriture gravée dans le marbre ? Si la structure est cette écriture-là, on est plutôt coincé, on est foutu là-dedans, bien souvent mal foutu. Cependant, pour vivre sa vie nous sommes bien contraints d’inventer autour de ce trou qui le met en place, d’inventer autour du réel de la vie elle-même, de ce qu’elle donne et de ce qu’elle prend. Nous avons là, une certaine marge de manœuvre : assouplir ce nœud, ou le serrer. 

Dans la leçon X de RSI, Lacan pose cette écriture, ainsi :

« la notion de l’inconscient se supporte de ceci que ce nœud, non seulement on le trouve déjà fait, mais on (le) trouve fait, en un autre accent du terme : « on est fait ! » On est fait de cet acte X par quoi le nœud est déjà fait. »

Peut-on dire qu’effectivement nous sommes l’effet de cet acte X, X du langage, qui provoque chez l’animal humain cette perte irréversible de lui-même, à savoir, qu’une fois traversé par le langage, plus aucun rapport « harmonieux » avec la nature n’est possible. Nous devenons ainsi des êtres dénaturés, des parlêtres « affligés de la seule chose que fasse trou, qui du trou nous assure, le symbolique » dit Lacan. Cette écriture, ce déjà là ne se donne t-il pas ici à lire comme le refoulement originaire lui-même, ce premier temps du sujet, le trois de la structure à son état pur? 

En quoi consiste cette écriture nodale ? C’est déjà là, si ce n’est ce nœud borroméen : Réel, Symbolique et Imaginaire noués de façon telle qu’il est, soit trois soit rien…

Supposons que le départ est celui-là pour chacun de nous, une jeune femme, d’une trentaine d’années, qui évoque cela de la façon suivante, en me parlant de son non désir de maternité, elle me dit que « vivre c’est déjà si difficile, inconfortable, qu’elle ne veut pas faire ce cadeau à personne, qui voudrait d’un don pareil ? Je ne veux pas donner la vie… », puis elle conclut : « vous savez, on ne naît pas dans le rien, on est directement pris dans l’œil du cyclone. » Si la vie peut être lue par elle comme un don, alors « l’œil du cyclone » est à entendre comme une donnée de départ…

Et voici qu’à la naissance on est directement pris dans un tourbillon, le tourbillon de la vie, le tourbillon des petits autres et des grands Autres qui nous accueillent et qui nous entourent, ces petits autres qui sont là pour assurer et témoigner de notre immaturité motrice, affective et mentale. A cela j’ajouterais qu’on est directement immergé dans le tourbillon du trois, dans la structure minimale et archaïque du trois, à savoir le triskel. Nommons-le autrement : la paranoïa normale de chacun de nous, paranoïa commune, celle qui est à l’origine de notre détresse absolue. Sans l’Autre on crève… voici le départ.  

Le départ a cette radicalité du trois, on ne peut pas supposer un parlêtre qui ek-siste sans une de ces trois dit-mansions : Réel, Symbolique et Imaginaire, même quand cela à l’air de partir en dénouage comme dans certains épisodes psychotiques aigus. Ce dessin des trois ronds dénoués est évoqué par Lacan quand il est question de mort du sujet. Pourrait-on soutenir l’hypothèse que même dans ces cas-là, cette structure minimale du trois résisterait, qu’ek-sisterait, posant par là même un impossible de réduire la structure au-delà de son triskel? 

Ceci dit, selon moi, le dénouage reste énigmatique. Une question persiste : d’où se supporte un nœud ? Question aussi de nomination… voire des nominations. Du nouage et des nominations… peut-on faire une clinique ? Ce qui est passionnant dans RSI, c’est de trouver dans ce nouage si serré du trois le support et le départ des cliniques distinctes et plurielles. 

Le trois, RSI, comme point de départ n’empêche pas pour autant que le sujet rajoute des ronds supplémentaires par la suite. Parfois il en faut bien, la clinique des psychoses nous apprend cela. Mais celle de l’homme ordinaire aussi, on rajoute des ronds, on en rajoute peut-être à l’infini, on s’invente tellement de choses… ceci dit, les effets et l’automatisme de la structure ne varient pas tant que ça. Le symbolique, « ça tourne en rond », comme on dit.

Supposons qu’il y ait des cliniques spécifiques du trois, des sujets qui partageraient ce trait commun, à savoir des sujets qui se trouvent en quelque sorte libérés des nominations dites du quatrième, cela nous fait dire qu’il y aurait donc une autre façon de nommer Réel, Symbolique et Imaginaire et que cela ne soit pas un privilège du quatre de donner nom… 

Notes
Bibliographie