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Alicia Kweksilber

Auteurs : Catherine Ferron, Françoise Bernard 22/03/2010

Bibliographies Notes

Le 2 janvier 2010, Alicia a été retirée du monde des vivants avec la discrétion et l'élégance que nous lui avons toujours connues. Une vie touchée et transformée par la psychanalyse dont elle ne cessait d'entretenir celui ou celle qui partageait ne serait-ce qu'un moment avec elle. Nous retenons d'elle sa voix grave qui découpait les mots en un contour précis, dont la prosodie interrogeait l'interlocuteur, et qu'elle ponctuait de grands éclats de rire moqueurs. Présente dans notre association depuis les débuts, elle soutenait un groupe de travail autour de l'articulation de l'objet a de Lacan et de la pratique de la psychanalyse.

Alicia pouvait donner une impression de fragilité par sa blondeur et sa minceur mais les cinq langues qu'elle parlait racontaient l'histoire de la moitié de la planète, de l'Allemagne à l'Argentine en passant par la Sibérie où elle s'était retrouvée à survivre après que sa famille se soit enfuie du ghetto de Varsovie.

Alicia ne se racontait pas mais tissait avec quelques-unes et quelques-uns des liens qui nous permettent aujourd'hui cette mosaïque et nous devons à Rebecca Majster-Veken ce moment de rencontre avec le réel d'une langue "oubliée" : il y a un peu plus d'un an, Alicia sortant d'une consultation où elle venait d'apprendre sa maladie, se retrouve dans un autobus sans son sac, donc sans papiers, sans argent, sans clés, encore moins de téléphone. Une femme s'aperçoit de son égarement et lui parle, Alicia lui répond dans cette même langue dont elle se rend compte de l'étrangeté : c'est du polonais : elle ne savait pas qu'elle savait cette langue dans laquelle elle avait eu tant à souffrir... mais cela lui donne un immense bonheur... alors elle parle, elle raconte... car derrière cette langue bien sûr, il y en avait une autre, celle qui vient de sa mère, le yiddish, dans lequel, chaque soir qui va lui rester, elle se berce d'un chant retrouvé.

L'autre masculin de ces dernières années lui a permis un bonheur privé, et officiel, que peu connaissent.

L'histoire de la psychanalyse passe aussi par ce une par une, ce un par un, à dénombrer.

In memoriam : nos journées sur la mémoire de novembre 2009 à la préparation desquelles elle a participé, lui sont aussi adressées.

Notes
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