Billets d'actualités

 
  • Imprimer
  • Envoyer

À la mémoire de Patrick Petit

Auteur : Alain Dufour 01/07/2010

Bibliographies Notes

Patrick venait de m’embarquer dans un nouveau chantier : il avait eu l’idée d’écrire un « Étourdit pour les nuls ».

Pour éclaircir ce texte des plus ardus il a durant les derniers mois de sa vie accompli un colossal travail de lecture. Ainsi a-t-il revisité Aristote, Hegel, Merlau-Ponty, Koyré, Freud bien sûr, mais encore Frege, Wittgenstein,  bien d’autres et encore leurs nombreux commentateurs les plus récents. Je l’accompagnais chaque semaine pour une moisson fraîche d’ouvrages utiles à nos desseins.

Durant toute notre longue amitié il a lié indissolublement les plaisirs de la conversation avec ceux du travail.

Car Patrick était un travailleur inlassable et cela lui a permis de relever des défis dont il n’est pas si aisé de mesurer la difficulté et l’ampleur. Mais que l’on entende bien : Patrick n’était en rien un « bourreau de travail », sa passion relevait de la façon la plus directe, la plus sensible du « gai savoir ». Cela pour préciser que sa disponibilité aux arts et aux plaisirs les plus divers comme celle de son amitié n’était pas affaiblie par sa curiosité.

Parmi ces défis la réalisation de sites internet réputés lui assurait le respect de tous ceux qui en avaient l’usage. Je l’ai accompagné lors des premières réalisations : celle qu’il entreprit à un moment encore pionnier pour l’ANIT (Association nationale des Intervenants en Toxicomanie) devenue ANITEA et simultanément pour le site de l’AFI devenue depuis l’ALI.

C’est une grande satisfaction de lui avoir servi d’ambassadeur, d’intercesseur et d’assistant auprès de ceux qui dans les instances de ses institutions avaient le pouvoir de lui donner mandat.

Il lui a fallu pour mettre en œuvre ces projets acquérir des connaissances techniques pointues qu’il ne cessait de renouveler et bien entendu il a dû apprendre les langages de programmation nécessaires.

Je le revois encore se faufiler dans les rayonnages de la librairie Dunod à la recherche de précis techniques. Et lorsque je lui demandai : « Mais qu’est-ce qui t’intéresse donc tant dans ces ouvrages ? » il me répondit : « La syntaxe ».

D’une manière ou d’une autre c’était là sa passion : les pouvoirs du signifiant, de son maniement.

Je ne suis pas sûr que l’on sache bien quel apport extraordinaire fut le sien en mettant en place le site de l’ALI. La faute en est imputable au moins en partie à son incurable modestie (quand je lui signifiais que décidément il donnait beaucoup de sa personne sa réponse fut « Tu sais j’estime que je dois bien cela à l’Association »)

Il y a peu de temps je lui rapportais qu’une amie m’avait confié que Lacan tenait l’intelligence en piètre estime. « En effet, me répondit-il, ce n’était pour lui qu’une manière de bien se débrouiller dans le langage »

Des œuvres de Lacan il avait une connaissance profonde et il n’était pas rare qu’il citât de longs passages de séminaires ou d’écrits qu’il avait mémorisés sans effort. Après ce long cheminement philosophique qu’il avait entrepris cette année où il renoua avec de nombreux auteurs il revînt aux séminaires de Lacan et s’exclama avec une simplicité charmante : « Ah ! Tu sais ça fait du bien de retrouver Lacan après tout cela ». Son admiration n’avait rien de servile ou d’aveugle mais elle était contagieuse et il était bien difficile de résister à l’attrait qu’il relevait dans les textes à l’étude.

Praticien de longue date il avait fait ses premiers pas dans le service de soins spécialisés pour toxicomanes du Pr Claude Jacob à Metz. Il a connu aussi le célèbre hôpital Marmottan et il a sans aucun doute laissé un souvenir prégnant dans les services où il a exercé par la suite à Paris et en région parisienne.

Il avait été contraint de réduire puis d’interrompre sa pratique de psychanalyste mais il m’avait clairement signifié combien il était attaché à cet exercice et s’il évoquait rarement les analysants c’était alors avec un respect que l’on ne rencontre pas si souvent.

Jusqu’au bout Patrick a maintenu un goût entier pour la vie et pour l’étude et c’est avec un sourire gourmand qu’il écoutait encore les poèmes ou les essais que je pouvais lui lire ces derniers jours.

Notes
Bibliographie