L'ALI, sa position originale
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Charles Melman
C’est notoire, pour être psychanalyste on n’en est pas moins homme. Ça veut sans doute dire que le psychanalyste partage avec lui les faiblesses et aussi les appétits : les honneurs et le fric. Après tout, il fait ainsi preuve de bon sens, puisque c’est le sens commun. Le seul problème est que la cure relativise ce bon sens puisqu’elle fait éprouver que ses valeurs ne font que pallier l’insuffisance du moi d’un côté, la dérobade de l’objet de l’autre.
Et elle va plus loin encore en démontrant que le bon sens privé cette fois, soit l’objet propre à chacun dans son fantasme, n’est que le bouchon propre à obturer l’angoisse suscitée par la béance dans l’Autre qu’ouvre l’interrogation sur ce qui conviendrait universellement pour satisfaire le désir.
Voilà pourquoi Lacan disait que le psychanalyste, à renoncer à l’enfilade de ces breloques, était un saint. Une fois que, psychanalysant, il en était venu à cette Pâque, mort et résurrection, qu’en bon laïc il appelle la passe.
Ceux qui se réunirent chez moi le 26 juin 1982 pour fonder notre Association, avaient subi le spectacle du ridicule des petits profits et des médiocres intérêts dont le surgissement, à la fin de Lacan, vint étouffer toute perspective de poursuivre son enseignement. Et ils surent aussi régler les particularités de leur organisation subjective sur la nécessité d’une communauté de travail.
En ce sens on peut dire que la passe était comprise dans leur engagement.
Bien sûr, il a été dit que le transfert sur Melman avait agencé tout ça.
C’est inexact si on considère tous ceux qui, venus souvent d’horizons et de divans différents, furent les moteurs de l’entreprise.
Car il leur apparaissait clairement que l’enjeu était éthique, et que l’éthique à soutenir était celle, ingrate, de la psychanalyse.
On peut dire en ce sens que l’adhésion à l’Association s’est faite T.P.C. : toute passe comprise.
=> texte de Charles Melman sur Le jury de la passe (janvier 2011)
